2019, l'année de la 2CV vendue 66.420 €

Non, vous ne rêvez pas. En 2019, une Citroën 2CV a été vendue aux enchères pour la modique somme de 66.420 €. C’est grosso modo le prix catalogue d’une Alpine A110 S neuve. Bien sûr, hormis leur prix, les deux autos n’ont rien en commun. Dans le cas de la 2CV, c’est une pièce unique. Paradoxal pour une voiture produite à plus de cinq millions d’exemplaires.

Voilà bientôt trente ans que la Citroën 2CV a définitivement tiré sa révérence. Depuis, la cote des exemplaires en très bel état ne fait que s’envoler après quelques années de creux, durant lesquelles la Deuche était encore considérée pour ses versions les plus récentes comme une simple voiture d’occasion d’usage, dépassée et souvent grignotée par la rouille.

Puis vint le moment où cette bonne bouille amie de plusieurs générations de familles fut reconsidérée, replacée au rang de morceau de patrimoine de l’automobile française. Avec ce retour en force affectif sont arrivées les notions de placement, voire de spéculation… tellement la loi de l’offre et de la demande s’est imposée. Au point que les vrais passionnés peuvent être refroidis à l’idée de dépenser une petite fortune pour ce qui est finalement un monument de simplicité conçu avec génie et surtout un sacré souci d’économie. Un comble ! Les affaires de vols de belles 2CV donnent aussi des sueurs froides à quelques propriétaires.

Toujours est-il que les prix restent orientés vers le haut. D’où le vent de folie qui a entouré la vente d’une 2CV 6 Spécial de 1990 lors du centenaire Citroën à La Ferté Vidame en juillet 2019. Le coup de projecteur sur cette 2CV dans le cadre de La Ferté-Vidame avait une saveur particulière.

C’est là, au centenaire, que Citroën a exposé une étude de 2CV moderne, jamais montrée au public. Cette 2CV revisitée est restée lettre morte sous cette forme-là, même si l’on sait qu’elle a sans doute alimenté ce qui allait devenir la C3.

La Ferté-Vidame, c’est aussi ce lieu magique dans l’esprit des Citroënistes, qui héberge la fameuse piste d’essais secrets, où ont été développés les modèles qui ont jalonné l’histoire de la marque depuis 1938. C’est dans une des granges du la ferme du centre d’essais qu’ont été retrouvés en 1994 des prototypes de la fameuse 2CV planqués là depuis 1939 en marge de la destruction d »autres protos de ce qui fut la TPV. Les trois protos ont été présentés au public pour la première fois en 1998, pour les cinquante ans de la 2CV.

Retour donc à La Ferté-Vidame… en 2019, 80 ans après les derniers tests et la planque des trois protos. La maison de vente aux enchères Aguttes avait au catalogue cette 2CV qui a le mérite et la particularité d’être neuve : 9 km au compteur. Si une 2CV 6 Spécial n’a rien de vraiment spécial pour déchaîner les passions l’état et le kilométrage valent mieux que de longs discours. Un petit retour en arrière nous rappelle qu’en septembre 1989, cette 2CV 6 Spécial valait, neuve, 39.800 F. La Charleston, elle, en valait 44.800 alors qu’une pétillante mais chiche AX 10E à trois portes, commercialisée trois ans plus tôt, valait 47.000 F. Bien davantage qu’une Axel 12 TRS haut de gamme à 45.000 F. Même une Axel de base à 37.000 F était moins chère que la 2CV. Au terme de la carrière commerciale de la 2CV, L’Auto-Journal rappelait avec perfidie dans son numéro spécial Salon de septembre 1989, que « la demande ne cesse de baisser mais les prix continuent d’augmenter, ce qui constitue une autre dissuasion pour les derniers clients de la vieille Deuche en cours d’extinction. » Dissuasion, dites-vous ?

Elle possède encore tous ses autocollants de sortie d’usine et ses marques à la craie. Elle n’a jamais été démarrée non plus mais le moteur tourne à la manivelle au moins une fois par an pour ne pas se gommer

L’histoire de cette 2CV 6 Spécial à 9 km au compteur est racontée dans le catalogue de la vente Aguttes : cette 2CV a été achetée par un homme qui en a acquis 15 exemplaires neufs quand il a appris que Citroën allait en arrêter la production. Quinze, puisque c’est le nombre de ses petits-enfants… Mais ceux-ci se désintéressent des 2CV restées immaculées et sans plaques d’immatriculation. Les voitures sont finalement vendues, sauf une, que le propriétaire conserve pour sa femme.

Un acheteur en prend cinq, dont cet exemplaire bleu Lavande avec 9 km au compteur. Exemplaire expédié en Hollande, et qui trônera pendant vingt ans dans le hall de l’usine de l’acquéreur. « Elle possède encore tous ses autocollants de sortie d’usine et ses marques à la craie. Elle n’a jamais été démarrée non plus mais le moteur tourne à la manivelle au moins une fois par an pour ne pas se gommer  » , expliquait à l’époque Aguttes selon qui le propriétaire affirmait que le lave-glace et l’huile moteur étaient d’origine. Les documents sont tous présents, ainsi que le carnet de bord et le double des clés.

Estimé entre 35.000 et 45.000 €, ce Graal de la 2CV a finalement changé de main pour 66.420 € le 21 juillet 2019 à La Ferté-Vidame. Ce qui, bêtement calculé à raison d’un euro égal 6,55957 francs, sans autre notion d’inflation, correspond à près de 435 700 francs. Une Porsche 911 Carrera 2 valait à l’année de la sortie d’usine de notre bonne vieille 2CV 442.000 francs…

Une telle voiture restera en théorie immobile pour le restant de ses jours. Rien que le fait de lui fixer des plaques d’immatriculations entamera le petit magot qu’elle représente. Le moindre kilomètre supplémentaire qui fera bouger le compteur, souillera les pneus ou modifiera toute trace de neuf sera considéré comme un coup de canif, sans compter le risque de griffe, de coup, de choc, sur cet engin unique par son état d’origine. Ou alors le nouveau propriétaire prendra-t-il la juste mesure de son acquisition et fera rugir le brave bicylindre, considérant qu’une voiture, quel que soit son pedigree, est avant tout faite pour se dégourdir les suspensions sur le bitume, reléguant la notion de placement financier à un autre rang.

Parmi les autres 2CV vendues par Aguttes au centenaire à noter une Charleston de 1990 avec 3.592 km, cédée pour 31.020 €. Et une Sahara de 1963 entièrement restaurée selon sa configuration d’origine pour 82.000 €. Une autre 2CV6 Spécial de mai 1990 avec moins de 6.000 km au compteur, dans son jus, a été vendue, elle, 11.220 €.

Les autres 2CV au centenaire Citroën à la Ferté-Vidame en juillet 2019…

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