ESSAI – Sourires et plaisirs d’antan avec l’Alpine A110

Improbable tellement la frilosité des constructeurs est grande à l’égard des voitures de niche, la renaissance d’Alpine est bien là. Avec l’A110 qui revendique un héritage, celui de la légendaire berlinette, lourd à porter, pas question de se planter. Le résultat dépasse nos plus folles espérances.

Relancer Alpine en étant à la hauteur du patrimoine légué par Jean Rédélé et ses équipes, c’est un défi qui a donné la migraine des années durant à ceux qui ont conçu la relève, la nouvelle A110. Ils ont choisi de réinterpréter la berlinette originelle en modernisant ses caractéristiques. Esprit es-tu là ?

Le maître-mot de l’A110, c’est donc la légèreté, obtenue grâce à un châssis en alu permettant d’embarquer une cavalerie raisonnable, en l’occurrence le récent 1,8 l turbo de la Mégane RS retravaillé (à la baisse) pour développer 252 ch au lieu des 280 de la compacte. Une bonne base pour déplacer seulement 1 100 kilos. Ce poids réduit est aussi obtenu grâce à des dimensions à l’avenant : toute menue, l’Alpine provoque d’abord la surprise. 4,18 m de longueur, c’est 6 cm de plus qu’un Captur. Dans ce format, Alpine parvient à loger deux petits compartiments (un à l’avant, un à l’arrière) qui ne sont pas vraiment un sujet quand on tourne autour de cette auto. Si elle peut embarquer un petit sac de voyage souple au cas où avec deux slips propres, deux ou trois t-shirts, une brosse à dents et du dentifrice, c’est gagné. Passons à autre chose.

Le look, peut-être ? Les petites billes ronds (à led), les nervures du capot qui rappellent l’A110 originelle prouvent qu’on peut réinterpréter habilement une icône sans verser dans le néo-rétro caricatural. Le charme agit très vite en tout cas.

La notion de poids plume transparaît dès les premiers tours de roue. Comme sur l’ancêtre, le moulin qui entraîne les roues arrière est placé en position centrale, derrière les deux sièges allégés de cette finition Pure, fixés au ras du sol dans un habitacle pas si étriqué au regard des dimensions contenues de la bête .

Ces sièges aux réglages limités (impossible de jouer sur la hauteur) étaient de nature à m’inquiéter, moi et mon mètre soixante-dix : après combien de tergiversations allais-je trouver ma position de conduite idéale, moi qui n’aime pas spécialement avoir le séant au ras du bitume et les yeux survolant à peine la partie supérieur du volant ? Tout de suite, mon capitaine ! L’ajustement du cerceau suffit. Il n’empêche pas le sentiment de confinement, mais la cellule habitable reste confortable. Simples d’apparence, les baquets enveloppent parfaitement le corps, ma morphologie en tout cas.

C’est aussi l’occasion de passer en revue un habitacle dont les confrères relèvent que ce n’est pas le point fort de la voiture, la faute à la reprise d’éléments déjà vus dans des Renault de grande série, et pas forcément haut de gamme. En se concentrant sur deux ou trois choses essentielles comme une instrumentation numérique simple et lisible, le volant à la jante suffisamment épaisse et les boutons des différents modes de conduite, on oublie aisément la carte mains libres de Clio, bien cachée dans un bel étui en cuir, les commodos ou le satellite de commande du système audio effectivement déjà vus dans des autos moins nobles.

Les assemblages semblent impeccables, les bruits parasites sont absents et les quelques plastiques durs passent au second plan si on s’attarde sur le revêtement supérieur de planche de bord en cuir. C’est moins noble que dans une Porsche 718 Cayman mais ça ne fait pas camelote pour autant. Ces quelques éléments de décoration, on peut aussi les relativiser en pensant à la Ferrari 348 qui se baladait avec des commodos Fiat, ou à quelques Aston Martin qui emmenaient du Ford pur jus. On peut aussi rendre hommage à ces boutons quelconques, puisque sans eux, il n’y aurait peut-être pas eu de nouvelle A110 tellement la décision de la produire était liée à ses coûts de développement et de production.

En revanche, on ne peut que saluer l’hommage fait à l’ancêtre s’agissant de la sellerie : les bords matelassés, exlcusivité de ces sièges Sabelt, sont tout simplement superbes. C’est peu de chose, mais les marquages tricolores sur les contreportes et sur les montants à l’arrière apportent à la fois une touche d’élégance et de fierté. C’est français, monsieur, jusqu’à la ligne de fabrication, qui a pris ses quartiers à l’usine de Dieppe !

Retour dans cet habitacle qui échappe à l’austérité complète puisque les contreportes reprennent en partie la teinte extérieure. Pas de levier de vitesses  : la mise à feu en appuyant sur un gros bouton de la console centrale minimaliste mais élégante est suivie de la sélection du rapport. Un appui, mode automatique, deux appuis, on passe aux choses sérieuses en mode manuel et en actionnant les palettes au volant. Ce que le look de l’Alpine suggère (à savoir se projeter vers l’avant à chaque instant) se produit sans surprise. Le petit quatre-cylindres accompagne bien le poids contenu de l’auto et la catapulte à la demande. Reste à exploiter sans trop de sueur cette vivacité et cette agilité, puisque tout vient de l’arrière.

Les liaisons au sol parfaitement maîtrisées permettent d’attaquer sans craindre un débordement quelconque. Le train avant est vissé au sol et l’arrière n’a rien du fourbe piégeur. Bref, les enchaînements de virages plus ou moins rapides sont un régal et s’envisagent sans la moindre appréhension. C’est un retour aux sources de la conduite « plaisir » sans trop de garde-fous électroniques.

Et dans des conditions classiques de circulation ? Outre le fait qu’elle fait tourner les têtes et lever les pouces dans sa livrée bleue facturée 1 800 €, l’A110 est docile. La boîte double embrayage ne génère pas d’à-coups, et l’amortissement offre un très bon compromis. Certes, le niveau sonore à vitesse stabilisée peut être fatigant mais l’A110 gentiment menée dévoile, dans ces circonstances, une qualité inattendue : sa relative sobriété qui peut ne pas dépasser les 8 l/100 km. On appelle ça les vertus de la légèreté !

Globalement, cette Alpine est tellement réactive qu’il n’est pas nécessaire de taper comme un sourd dans la pédale de droite pour prendre un peu de plaisir. C’est immédiat, et déjà bien emballé par un environnement qui donne déjà le sourire. A ce titre, on ne peut s’empêcher de se demander si on ne casserait pas son PEL pour s’offrir l’échappement sport à 1.500 euros pas trop envahissant, mais qui retransmet bien les petites pétouilles au rétrogradage…

Seule la vision périphérique pose naturellement problème : une manœuvre de stationnement en ville sans les aides est plus flippante que de virevolter sur les petites routes des monts de Flandres. La perspective de bousiller une jantes forgée Fuchs est aussi horrible que d’essuyer un de ces boucliers si bien dessiné. Au minimum, les aides au stationnement avant et arrière en option sont une concession intelligente au minimalisme revendiqué de l’auto. Opter pour la caméra de recul n’a rien d’incongru non plus. Il faut vivre avec son temps… et la pression indirectement exercée par son assureur.

Morale de l’histoire, mieux vaut tracer la route, sinueuse si possible. Il n’est pas nécessaire de rouler vite pour prendre du plaisir avec l’A110. Elle rejoint ainsi la Mazda MX-5 dans le club fermé des voitures qui donnent la banane avec simplicité.

Oh oui !

  • Elle donne la banane.
  • Plaisir de conduite.
  • Agilité.
  • Consommation raisonnable.
  • Look réussi.
  • Vivable au quotidien.

Oh non !

  • Piège à points de permis.
  • Visibilité périphérique.
  • Aides au stationnement fortement conseillées.
  • Le prix de quelques options.

Alpine A110 Pure

  • 55.800 €
  • 4 cylindres essence, 1 798 cm3
  • 252 ch à 6 000 tr/mn
  • couple 320 Nm
  • Vitesse maxi, 250 km/h
  • 0 à 100 km/h en 4″5 secondes.
  • Consommation homologuée : 6,4 l/100 km.
  • Émissions de CO2 : 144 gr/km.

Équipement de série

  • Feux led
  • Jantes alu 17 pouces
  • Système multimédia avec écran tactile 7 pouces et navigation
  • Sélecteur de conduite trois modes
  • Boîte double embrayage 7 rapports et palettes au volant
  • Climatisation
  • Régulateur/limiteur de vitesse
  • Frein de parking électrique

En option

  • Peinture bleue (1 800 €)
  • Echappement sport (1 500 €)
  • Jantes alu 18 pouces Fuchs forgées (1 800 €)
  • Logo Alpine sur les ailes avant (120 €)
  • Logo Alpine bleu sur le volant (84 €)
  • Aide au stationnement avant et arrière (750 €)
  • Freinage hautes performances (1 008 €)
  • Etriers de freins couleur bleu Alpine (384 €)
  • Système audio Focal (600 €)…

Dimensions

  • Longueur 4,18 m
  • Largeur 1,80 m
  • Hauteur 1,25 m
  • Coffre 196 litres
  • Poids 1 098 kilos

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