Renault Triber et Citroën AX Evasion Heuliez : même combat !

En juin 2019, Renault présentait une de ses armes pour conquérir le marché indien : la Triber. Un tout petit SUV qui a la particularité de pouvoir transporter sept personnes dans moins de quatre mètres de long. Une caractéristique qui rappelle une étude d’Heuliez dévoilée trente ans plus tôt : la Citroën AX Evasion.

Sur le marché européen, trouver un véhicule à sept places relève du parcours du combattant. Il faut viser gros, donc relativement cher en neuf, quand il ne faut pas se rabattre sur du dérivé d’utilitaire. Dans cette dernière catégorie, la paire Citroën Berlingo / Peugeot Rifter propose une variante XXL à sept places au profil disons… disgrâcieux.

A la recherche d’autres standards de style ou de confort ? Direction le Renault Grand Scenic ou le Peugeot 5008 et d’autres SUV comme le Skoda Kodiaq ou le Volkswagen Tiguan Allspace. Nostalgique des monospaces qui permettaient d’embarquer une petite armée ? Jetez donc un oeil au Seat Alhambra. Le Renault Espace 5, lui, en est capable bien que s’étant détourné d’une vocation purement familiale. Point commun de tous ces gros bébés ? Une facture qui ne descendra jamais sous les 30 000 € sur le marché du neuf, en snobant le Dacia Lodgy et son imbattable rapport prix/habitabilité.

Bien évidemment, direz-vous, loger sept personnes demande certaines cotes minimales pour ne pas avoir l’impression de voyager en boîte de conserve. C’est sans compter sur Renault qui, en Inde, va commercialiser le Triber, petit SUV très compact puisqu’il ne dépasse pas les 4 mètres de long. Plus court qu’une simple Clio IV ! A l’intérieur, donc, sept places assises.

Pourquoi avoir planché sur cette équation a priori impossible ? Parce qu’en Inde, la moitié des foyers est composée de plus de cinq personnes, selon Harikrishana Chandran, directeur produit/programme Renault en Inde. La banquette de deuxième rang est coulissante, rabattable, inclinable et basculante. Deux sièges individuels au troisième rang sont amovibles. Pour optimiser la cellule habitable, l’empattement a été étiré au maximum et donc l’espace dévolu au compartiment moteur est réduit. Impossible d’embarquer un gros moulin. Dans le cas du Triber, c’est un trois-cylindres 1.0 essence de 72 chevaux en position transversale, forcément.

Un minimalisme et une optimisation de l’espace intérieur dans une longueur réduite qui rappellent une étude présentée par Heuliez en 1988, trente ans plus tôt, et qui a été exposée avec bonheur à l’été 2019 au musée Autoworld, à Bruxelles, pour le centenaire de Citroën : la Citroën AX Evasion.

Retour dans les années 1980. Heuliez est un prolifique bureau d’études, à cette époque-là, véritable boîte à idées parallèle aux studios internes des constructeurs. Le service de design, structuré, balance régulièrement ses propositions aux constructeurs français. La recherche d’espace intérieur maximal à partir d’une citadine est un thème exploré quelques années auparavant, en 1985, avec la Renault Super Van Cinq. L’étude porte sur une « super Super 5 » rehaussée, dont la longueur passe de 3,59 à 3,93 m avec porte latérale droite coulissante. Deux sièges escamotables dans le coffre permettent de proposer sept places.

Bien plus tôt, Heuliez était parti d’une base de Peugeot 204 pour proposer le taxi H4, un monospace de 3,65 m de long (34 cm de moins qu’une 204) capable d’embarquer cinq personnes. L’étude présentée au Salon de Paris 1972 restera sans suite.

Ce terrain labouré de longue date donne de la cohérence à l’étude qui nous intéresse, la Citroën AX Evasion. Le bureau d’études Heuliez est donc bien armé pour grossir et transformer des petites voitures au profit de l’habitabilité. Heuliez devient aussi en 1985 un constructeur à part entière qui assemble entièrement pour Citroën à des cadences et à des standards de qualité industriels des BX break, appelées Evasion. Les volumes s’éloignent des assemblages de petites séries que constituaient les limousines Peugeot 604 HLZ ou Renault 25, ou encore les Citroën BX 4TC. Un an plus tard, Citroën dévoile sa petite AX (3,50 m) chargée de dépoussiérer l’entrée de gamme du constructeur et de faire oublier les 2CV, LNA et Visa. La version 5 portes arrive en 1988. Heuliez entre une nouvelle fois en scène avec une étude sur un thème qu’il connaît bien et maîtrise : la citadine habitable tant que possible.

Sa proposition est présentée au Salon de Paris 1988. L’AX 5 portes est rallongée de 23 centimètres, et rehaussée. Trois rangées de sièges dans cet habitacle étendu, qui rappelle la configuration du Renault Triber indien de 2019. On ne se fait pas d’illusion sur le confort global ni la largeur aux coudes ou la possibilité d’allonger ses jambes. Rappelons que l’ensemble est contenu dans 3,73 m ! L’AX Evasion est équipée d’un toit ouvrant Webasto.

Elle propose aussi un « gimmick » typiquement Heuliez : les deux profils asymétriques. A savoir une seule porte côté conducteur, et deux côté passager. Heuliez a déjà fait le coup avec sa Renault Super Van Cinq, et aussi une étude de Peugeot 309 break, restée sans suite.

L’AX Evasion restera lettre morte, dossier classé sans suite chez Citroën. Pour Heuliez, l’enjeu était double : montrer son savoir-faire, bien évidemment, et pourquoi pas récupérer l’assemblage de cette version hypothétique si elle était transposée en série. A cette époque, les constructeurs ne maîtrisaient pas vraiment la flexibilité de leurs lourdes chaînes de montage, et les fabrications de petites séries étaient en partie ou en totalité confiées à des sous-traitants.

Le prototype d’Heuliez connaitra deux vies. L’AX Evasion à châssis unique numéro HZ1988-5 est née avec une robe gris clair, et un look d’AX phase 1, avec pare chocs anguleux, clignotants blancs à l’avant et planche de bord plutôt légère et elle aussi anguleuse. Elle est ensuite transformée en AX phase 2 avec nouveaux boucliers, clignotants blancs, double chevron centré sur le capot, et une nouvelle planche de bord. Elle est également repeinte en vert métal anglais. Rien qui ne fasse plier Citroën, qui ne voudra jamais de ce petit break ingénieux.

Pour trouver un engin à sept places dans la gamme, il faudra attendre 1994 et le monospace Citroën Evasion, jumeau des Peugeot 806, Lancia Zeta et Fiat Ulysse, fabriqués dans la même usine Sevelnord, à Hordain, près de Valenciennes. L’AX Evvasion, elle, est restée conservée chez Heuliez, à Cerizay, avant d’être vendue aux enchères par Artcurial en juillet 2012.

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