Pas de Peugeot e-Legend en série : la raison l’a emporté

La présentation du concept Peugeot e-Legend au Mondial de Paris 2018 et à Rétromobile 2019 a suscité un engouement rarement vu pour un prototype. Sa possible mise en production en série aurait même été envisagée devant un tel succès d’estime.

La Peugeot e-Legend, concept de coupé électrique autonome surfant habilement sur les références appuyées au coupé 504 lancé en 1969, a fait l’effet d’un coup de tonnerre au Mondial de Paris 2018.

Le style de cet engin de 4,65 m a séduit largement au-delà des espérances. La e-Legend, c’est l’interprétation d’une GT façon Peugeot 100 % électrique et autonome. Les batteries de 100 kWh alimentent un moteur électrique délivrant 340 kW et 800 Nm de couple aux quatre roues. Le 0 à 100 km/h serait abattu en moins de quatre secondes et la vitesse maxi serait de 220 km/h. Quant à l’autonomie, elle est annoncée par Peugeot à 600 km selon la norme WLTP. Une voiture à recharger par induction.

La conduite, elle, pourrait être autonome, ou manuelle, avec deux modes chacun. Dans le premier cas, le volant s’escamote dans une barre de son, le siège conducteur s’incline, et celui ou celle qui l’occupe ont seulement devant les yeux un écran de 49 pouces. Ne reste plus qu’à se lover dans les sièges en velours bleu, et piloter le système vocal… qui répond avec la voix numérisée de Gilles Vidal, le patron du design Peugeot.

Tout ceci n’étant qu’un concept, le passage à la production de série est en général plus qu’hypothétique. Tout au plus l’exercice annonce-t-il quelques éléments qui arriveront en série dans les années qui viennent. Le concept de berline basse du concept Exalt présenté à Pékin en 2014 s’est retrouvé en série sur la 508. Dans le cas de l’e-Legend le style fait mouche, c’est une certitude. Et il renvoie à un segment prestigieux qui n’est plus occupé par Peugeot depuis la fin de la 407 Coupé. Un tel engouement et une pluie de louanges ont appuyé des demandes répétées de mise en production. Peugeot a aussi entretenu son phénomène en diffusant à la télévision une publicité uniquement centrée sur ce concept-car. C’est inédit.

Depuis le début des années 1980, plusieurs concept-cars Peugeot, essentiellement des GT, ont créé un fol espoir : Qasar, Oxia, RC Pique et Carreau, voire le SR1. Chez Renault, la DeZir de 2010 avait immédiatement fait penser à une Alpine moderne, enviées. En 1990, la Citroën Activa 2 avait été perçue comme un coupé XM évident. Et plus récemment, la GT by Citroën, dessinée pour un jeu vidéo en 2008, avait elle aussi déchaîné les passions.

Mais il y a l’envie du public d’un côté et la réalité industrielle et des marchés de l’autre. Il y a les voitures qu’on aime, et les voitures qu’on achète. Un constructeur dépense en étant sûr que ses voitures seront aimées… et surtout achetées.

Jean-Philippe Imparato, le patron de Peugeot, avait signalé dans un tweet que la marque étudierait la mise en production de l’e-Legend si une pétition réunissait 500 000 signatures. Voilà qui rappelle l’engouement pour la Citroën Activa 2. Citroën avait à l’époque rapidement répondu que l’affaire ne serait pas rentable.

Jean-Philippe Imparato a livré un verdict semblable récemment. Le ticket d’entrée de production d’une e-Legend serait de 250 M€. Et cette somme, Peugeot ne semble pas prête à la débourser pour une voiture de ce segment dans l’immédiat. C’est rageant mais compréhensible.

Il faut se souvenir de plusieurs facteurs. Dont la réussite toute relative des constructeurs français dans le haut de gamme depuis les années 1980. Pas mal de tentatives ont échoué avec des autos peu fiables (Citroën XM, Peugeot 605), trop audacieuses (Renault Avantime, Citroën C6), trop laides (Renault Vel Satis), trop chères, ou tout à la fois. Pas mal de stratégies ont été tentées : la concurrence frontale avec les Allemands, ou alors le contrepied total et décalé. Rien n’a vraiment fonctionné sur un plan commercial alors que les voitures étaient fondamentalement plutôt bien foutues et retrouvent une nouvelle vie en collector en devenir. C’est sans compter aussi sur des réseaux pas toujours prêts à vendre du haut de gamme et de al difficulté de faire cohabiter dans un showroom de la petite berline mainstream et du quasi du haute couture.

Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a cinq ans, PSA était au bord du gouffre. La mise sur orbite de DS, marquée dédiée au luxe, prend du temps et de l’argent. La ligne DS a été lancée en 2010 et c’est devenu une marque à part entière en juin 2014. C’est à cette époque-là que les cartes ont été redistribuées sous l’ère Carlos Tavarès. Peugeot, par exemple, s’échine à devenir un « généraliste haut de gamme » selon ses propres termes. L’affaire a commencé avec la 308 pétrie de qualités, audacieuse sur certains points. Mais les arbitrages financiers ont été tranchants, comme chez Renault. En clair, Carlos Tavarès disait qu’il fallait se concentrer sur ce que le marché demandait. Autrement dit, adieu les segments de niche, et les modèles trop coûteux à développer et qui ne se vendent pas assez.

Histoire de rationaliser les choses, le nombre de silhouettes a été réduit drastiquement. Quand la Peugeot 308 actuelle est vendue en berline et en break, celle qui la précédait disposait d’une carrosserie 3 portes, d’un cabriolet, et même d’un coupé, le RCZ. Ce dernier a été un booster d’image (il va devenir un collector), mais ne se vendait pas en quantités astronomiques. Et la production sous-traitée chez Magna, en Autriche, n’est plus du tout en rapport avec les souhaits d’efficience industrielle et de rationalisation voulus par un Carlos Tavarès encore près de ses sous et plutôt enclin à inonder le marché de SUV qui se vendent comme des petits pains et qui rapportent gros.

A ce titre, difficile de lui en vouloir. Porsche n’aurait pas forcément survécu en se tenant uniquement à la production de 911 ou de 718. Les Cayenne et Macan ont peut-être été considérés comme une trahison, mais commercialement, ce sont eux qui garnissent les caisses et permettent de réinventer continuellement la 911. Lamborghini, Bentley, Rolls-Royce, Maserati passent par là, et ce sera bientôt au tour d’Aston Martin.

Pour l’heure, donc, PSA a d’autres choix à fouetter que de se lancer dans une aventure qui serait sans doute bonne pour l’image, mais pas forcément pour la santé financière. Opel est arrivé dans le groupe et doit être rebâti. Réussir la nouvelle Corsa puis la future Astra est autrement plus crucial pour l’avenir du groupe que de vendre quelques milliers de coupés haut de gamme.

Pourtant, dans l’histoire de Peugeot, et jusqu’au coupé 406 fabriqué chez Pininfarina, il y a toujours cette histoire d’ADN qui montre qu’une belle GT a toujours sa place dans la gamme. En se faufilant dans ce segment avec la nouvelle 508, crédible en haut de gamme, et en présentant la e-Legend, le terreau du savoir-faire est bien là et la réputation de Peugeot dans le haut de gamme se construit petit à petit. Patience, patience…


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