Au secours des bus en panne, il n’en reste qu’une : l’antédiluvienne dépanneuse Berliet d’Artis !

Il y a comme un décalage, entre la peinture toujours brillante, et l’âge affiché de la bête. La dépanneuse Berliet de la société de bus Artis a été repeinte en 2004 aux couleurs de l’opérateur des transports en commun sur le territoire de la communauté urbaine d’Arras. Un beau cadeau pour les soixante ans de l’engin, toujours en exercice, susceptible de partir à tout moment remorquer un bus en panne sur sa ligne. Une dépanneuse atypique, dernière survivante d’une (très) petite série carrossée pour la RATP en 1958. D’où son improbable profil, on ne peut plus déséquilibré, avec ce très long nez…

Dépanneuse Berliet d'Artis (15)

Ils ne sont que quelques uns, chez Artis, à avoir le droit de s’installer au volant de la dépanneuse Berliet. Les titulaires du permis super lourd, d’abord, et accessoirement ceux qui ont un moral en acier trempé pour partir à l’aventure avec la bête, qui détonne dans les ateliers. Cette dépanneuse a une mission bien précise : remorquer les autobus en panne, ou tout du moins avec une avarie qui ne nécessite pas de levage. Et c’est comme ça depuis 1958.

Lire ici le sujet consacré à la dépanneuse Berliet dans l’édition d’Arras de La Voix du Nord

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Cette dépanneuse est en réalité un tracteur de semi-remorque Berliet de 1954, transformé en 1958 en camion-atelier pour la RATP. Cinq exemplaires ont été transformés de cette manière. Il en resterait deux en France, dont celui toujours détenu par Artis, le dernier toujours en activité. L’autre serait la propriété de la Fondation Berliet, selon Joël Lecouvez, ancien chef d’atelier chez Artis, parti à la retraite il y a quelques semaines. « C’est mon bébé depuis 1980, depuis que je suis arrivé dans la société« , explique-t-il. La dépanneuse Berliet est arrivée à Arras un an plus tôt, en 1979, rachetée à la RATP par ce qui s’appelait à l’époque la STCRA, la Société des transports en commun de la région d’Arras.

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Joël Lecouvez en a pris soin jusqu’à assurer d’importantes opérations d’entretien. Il connaît la machine sur le bout des doigts : « le moteur a été refait en 1985, et le châssis en 1987. Il a été repeint en vert et blanc de la STCRA, puis en bleu et blanc, d’Artis, en 2004. » Autre chose ? « En 2005, il y a eu une panne de circuit de freinage. C’était un robinet de frein avec des joints en cuir. On a eu du mal à trouver la pièce. » Un ami de l’ancien chef d’atelier a fait jouer son réseau, et la pièce a été réparée à Aubervilliers, en région parisienne. Et devinez qui a fait le déplacement là-bas ?

Eric Bosquelle, mécanicien, regarde aussi cette bonne vieille dépanneuse Berliet avec tendresse. Sortir avec elle secourir un bus, « c’est ma récréation« , avoue-t-il. Il est aussi candidat tout désigné pour aller la conduire au contrôle technique chaque année, à une vingtaine de kilomètres du dépôt de bus. « C’est à cette occasion qu’elle fait le plus de kilomètres« , concède David Durieux, qui a succédé à Joël Lecouvez à la tête des ateliers.

Comme son prédécesseur, il pense que la dépanneuse a toujours sa place à l’atelier.  « Je tenais à la garder par plaisir. Elle ne coûte rien à l’entreprise », explique Joël Lecouvez. La tendance de fonds, dans les transports urbains, c’est de sous-traiter les opérations de remorquage ou de levage. La dépanneuse Berliet dispose, dans sa caisse-atelier, d’un joyeux bric-à-brac de pièces, de la barre de remorquage, et d’un compresseur qui permet de renvoyer de l’air dans les systèmes de freinage des bus immobilisés. Tout ça dans un joyeux bordel qui fleure bon les années 1960.

Dépanneuse Berliet d'Artis (6)

Éric Bosquelle a les yeux qui pétillent, au volant du Berliet. Il raconte la difficulté de remorquer un bus articulé de dix-huit mètres de long. « C’est un peu Le Salaire de la peur. Mais il ne faut pas avoir les jetons. On sait ce qu’on fait. » À commencer par jongler avec la boîte de vitesses : double débrayage obligatoire. « Vous loupez votre vitesse et vous repartez en marche arrière !, témoigne Éric Bosquelle. Un rond-point, il faut le passer, l’ensemble ! » Le mécano n’est pas toujours aidé par les usagers de la route. Certains le laissent passer, pour admirer le look suranné du Berliet. « D’autres veulent passer à tout prix, sinon ils vont rester derrière un bon moment…« , témoigne Eric Bosquelle. Sans avoir à tirer de bus malade, la dépanneuse avoue un bon 80 km/h en vitesse de pointe. Dans un raffût et un panache de fumée qui étoufferaient le premier des écolos venu.

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Eric Bosquelle a ses repères en manoeuvre, notamment avec le (très) long capot : « On doit se retourner dans la cabine, échanger par signes avec le chauffeur dans le bus. On a les radios, aussi… » Plus facile à dire qu’à faire. S’il pleut, la vitesse de balayage des essuie-glaces laissera circonspect. « On comprend ce que vivaient les chauffeurs dans les années 1950… », glisse le conducteur, tout sourire.

Pas moins enthousiaste, Joël Lecouvez se souvient avoir sorti sur le pouce la dépanneuse Berliet pour le rassemblement des Ch’ti Truckers, qui réunit des camions décorés au profit d’actions caritatives en faveur d’enfants pas aidés par la vie. Il a pu mesurer la popularité d’un tel engin, au milieu de fiers tracteurs plus modernes. Le dernier dinosaure d’Artis a ses fans, et il en aurait encore plus s’il était de sortie un peu plus souvent !

Une réflexion sur “Au secours des bus en panne, il n’en reste qu’une : l’antédiluvienne dépanneuse Berliet d’Artis !

  1. Bonjour Monsieur FAUCONNIER.
    Merci d’avoir réalisé cet article.
    Je me suis longtemps demandé ( depuis les années fin 60, j’étais petiot ) ce qu’il pouvait bien y avoir à l’intérieur. Puis, avec un livre sur les bus, j’ai eu un bref aperçu et un commentaire.
    Pour ma collection de bus en modèles réduits, l’idée m’a traversé l’esprit de réaliser ce Berliet TLM 10 atelier sur la base IXO des transports Ollivier. Je ne suis pas maquettiste dans l’âme et je n’ai pas encore retroussé les manches. Au 1/43ème, Il existe cet atelier chez MAP Maquettes (ainsi qu’une version Somua JL17). Si un jour vous deviez vous en séparer, il y a fort à parier que cela puisse intéresser l’AMTUIR (77 500 CHELLES – amtuir@amtuir.org ) qui conserve et restaure des bus de tous ages.
    J’ai eu l’occasion, à deux ou trois reprises, de voir ce camion, en version RATP,dans les rues de Paris, il y a longtemps maintenant.
    J’ai eu beaucoup de plaisir à regarder vos photographies. Merci encore.
    Serge LUDET

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