EN IMAGES – A la découverte des six rescapées de la collection Heuliez au musée de Châtellerault

Il y a un an, lors du Mans Classic, une grande partie de la collection Heuliez était dispersée aux enchères. Une collection rare, par son éclectisme et son unité : elle était composée de prototypes et d’études de style, ayant au mieux été exposées dans des salons, ou alors cantonnées à la confidentialité des bureaux d’étude d’Heuliez. Cet héritage est aujourd’hui éparpillé. Le musée auto-moto-vélo de Châtellerault a pu racheter six voitures de la collection et a constitué un espace dédié à Heuliez, au travers d’une exposition thématique, « Heuliez, du dessein au dessin », en place jusqu’au 31 décembre 2013.

WR Heuliez maquette de soufflerie (6)

Il n’existe plus qu’un endroit, où voir réunies, sous le même toit, plusieurs voitures frappées de la carriole Heuliez. C’est le musée Auto-moto-vélo de Châtellerault. Elle sont six (cinq protos Heuliez, et la petite Peugeot VLV électrique de 1941) à représenter un semblant d’unité de feue la collection Heuliez. Maigre consolation, mais mieux que rien.

Et dire qu’elles ont été jusqu’à quatre-vingts, à dormir côte-à-côte, dans des hangars ou des ateliers, à Cerizay ou dans les environs, représentatives de l’histoire du carrossier deux-sévrien. Chaque engin, parfois baroque, reflétait une époque, témoignait d’une stratégie industrielle, ou d’un savoir-faire. Voire les trois à la fois. Un vrai livre d’histoire sur roues, qui méritait d’être décrypté. C’est de l’histoire ancienne.

Conservatoire Heuliez

Le projet de musée Heuliez, dans l’usine, lancé à la fin des années 1980, a avorté aux portes de la réalisation. Outre des voitures conservées par le carrossier, d’autres avaient été rachetées. Tout avait été inventorié, et le travail est allé jusqu’aux plans de disposition des véhicules. Puis, plus récemment, restait la perspective d’un conservatoire, avec les autos ayant échappé au pilon ou à des ventes ponctuelles.

Mais en 2012, le couperet tombe. Ce qui reste de la collection et de son incroyable unité sera dispersé aux enchères, pour remettre de l’argent frais dans la reconversion de l’entreprise. Le sauvetage éventuel de la collection, dans un conservatoire, ne trouve pas d’écho, malgré la mobilisation de l’association Deux-Sèvres Auto-mémoire, qui a oeuvré à la protection, au titre des monuments historiques, de trois voitures : le taxi Peugeot H4, la Citroën SM Espace, et la WM P88 du record de vitesse aux 24 Heures du Mans, aux mains de Roger Dorchy.

Collection Heuliez

Le temps très court entre l’annonce et la vente aux enchères a laissé entrevoir une seule possibilité, pour tenter de conserver quelques exemplaires de l’épopée Heuliez : l’intervention de l’Etat, par le biais d’une préemption déléguée à un conservateur d’un Musée de France. Ce sera le rôle attribué au Musée Auto-moto-vélo de Châtellerault, au terme de trois semaines d’un  marathon « politico-diplomatique » réunissant autour d’une table l’Etat, la Région Poitou-Charentes, le conseil général de la Vienne et la communauté d’agglomération du pays Chatelleraudais.

Une enveloppe de 80 000 euros a permis au musée de se positionner sur plusieurs voitures, sans enchérir, et d’emporter la vente au dernier prix des enchères. Ce qui ne lèse pas le vendeur.

Musée auto-moto-vélo de Châtellerault

La liste des voitures à sauver, et l’ordre de priorité, a suscité de nombreux débats. Notamment au sujet de la Peugeot VLV électrique de 1941, conçue à une époque où le carburant était rare et rationné. Elle a appartenu à Henri Heuliez. Sa carrosserie porte le numéro 32. C’est l’un des 377 exemplaires produits entre juin 1941 et février 1945, non pas à Sochaux (l’usine est occupée par les Allemands), mais en région parisienne.  Ses 160 kilos de batteries (sur un poids total de 350 kilos) lui offrent 75 à 80 km d’autonomie, pour une vitesse maxi de 36 km/h.

Peugeot VLV

Cette petite VLV a finalement été acquise et amenée à Châtellerault. Elle a rejoint l’espace du musée dédié à l’histoire du véhicule électrique, qui réunit quelques pépites, comme la « Citadine » de Teilhol (1972), qui fût destinée à la location, ou encore un prototype Gonnet bi-énergie (1973), à carrosserie en aluminium, équipé d’un moteur thermique deux cylindres de 200 cm3, et d’un moteur électrique.

Heuliez au musée auto-moto-vélo de Châtellerault (6)

L’espace Heuliez proprement dit réunit cinq autres véhicules emblématiques de l’histoire du carrossier, dans les moyens du préempteur. Les prix bas constatés à la vente, au Mans, ont permis de conserver, pour les rendre visibles, plus de voitures que prévu. Dont le premier et le dernier concept-car d’Heuliez.

Les acquisitions ont débouché sur une exposition, tournée autour de l’étude d’une voiture, et plus précisément du cheminement entre l’émergence d’un concept, chez les designers, à l’aide de sketchs et de dessins par ordinateur, jusqu’à la réalisation du prototype.

Heuliez au musée auto-moto-vélo de Châtellerault

Impossible d’interpréter l’oeuvre d’Heuliez à travers cinq véhicules, seulement. D’où une impression d’immense gâchis, eu égard à ce qui a existé, et a été « disponible », tout en gardant à l’esprit que la constitution de l’espace Heuliez, à Châtellerault, relève quasiment du miracle. Il n’est pas donné à tous les musées de pouvoir exhiber des protos autrefois quasi inaccessibles. Par ailleurs, des dessins acquis par le musée de Bressuire lors de la dernière vente aux enchères, à l’usine, en octobre 2012, ont été prêtés à Châtellerault.

Heuliez au musée auto-moto-vélo de Châtellerault (5)

Voici donc les cinq Heuliez qu’il est désormais permis de scruter sous tous les angles.

Le Spider Stars & Stripes est dérivé de l’étude d’un coupé deux places, l’Atlantic, présenté aux constructeurs français susceptibles de proposer une voiture ludique, basée sur un véhicule de série, peu coûteux. L’Atlantic est dévoilé par Heuliez au salon de Paris en 1986. C’est Peugeot, et la 205 qui sont visés par Heuliez, puisque l’Atlantic a un empattement de 2,42 m, soit la même longueur que celui de la 205… En 1987, l’Atlantic est reconverti en Spider. Il est peint en jaune et badgé Renault pour représenter Heuliez à l’inauguration d’un centre de style de Renault en 1990.

Heuliez Stars & Stripes

Le musée a pris aussi possession de la Citroën Scarabée d’Or, présentée en 1990 au salon de Genève, toujours par Heuliez, après avoir étudié l’Agadès pour Peugeot. Le principe est le même : un petit 4X4 ludique à deux places (et deux places d’appoint à déployer dans le coffre), quelques années avant l’énorme succès du Toyota Rav4. Le Scarabée d’or devait recevoir la mécanique de la Citroën BX 19 GTI 4X4. Il s’agit donc d’une maquette sans mécanique ni direction. Même « vide », la voiture a provoqué un coup de coeur chez Eddy Barclay, qui a voulu l’acquérir. La transaction n’est jamais allée plus loin, Heuliez n’ayant pas eu l’accord de Citroën pour implanter la mécanique de BX 19 GTI 4X4.

Citroën Scarabée d'or Heuliez (18)

La même année que la Scarabée d’or est conçue la WR SP2, une barquette préfigurant une base simple et accessible pour que les pilotes fassent leurs armes en endurance. WR, c’est Welter Racing, l’écurie montée par Gérard Welter après la fin de WM (Welter-Meunier) avec Vincent Soulignac. La SP2 a été conçue avec les ingénieurs et designers d’Heuliez. Mais la formule, présentée à la FFSA, n’a jamais vu le jour. Cette maquette est l’une des deux survivantes au projet. Elle a servi aux essais à la soufflerie Jules-Verne, à Nantes. Elle ne dispose pas de volant ni de direction.

WR Heuliez maquette de soufflerie (3)

La Raffica, présentée en 1992, permet à Heuliez de démontrer le savoir-faire de son antenne Heuliez-Torino, montée en 1990 par Marc Deschamps. La voiture permet d’expérimenter le principe du toit rigide escamotable dans le coffre inventé par Georges Paulin entre les deux guerres. Présentée dans une livrée orange au Mondial de l’automobile de 1992, la Raffica a été restylée (le nez a été raccourci et aplani) et peinte en bleu, couleur fétiche d’Heuliez. Elle a servi de démonstrateur pour le toit escamotable.

Heuliez Raffica (14)

Il est aussi question de toit escamotable sur la Peugeot 407 Macarena, de 2006. Et quel toit ! Probablement le système escamotable le plus spectaculaire au monde, monté qui plus est sur une berline classique à quatre portes ! Le toit est entièrement vitré, découpé en trois panneaux qui se superposent dans la manoeuvre de repliage dans le coffre. Les arches de toit se replient après un positionnement vertical.

Si le nom de Macarena a été donné à ce concept, c’est tout simplement pour faire référence à la chorégraphie de la Macarena, un fameux tube de l’été. En position fermée, les panneaux mobiles font office de toit ouvrant. Seul défaut du prototype : le toit n’est pas étanche, les joints prévus n’ayant pas été installés.

Peugeot 407 Macarena Heuliez (15)

Les renforts sont opérés dans les soubassements, et à l’aide d’une paroi implantée derrière les sièges avant. Dans la transformation, la silhouette de la Peugeot 407 de série a été affinée, faisant même penser aux fameux coupés quatre portes développés par Mercedes et BMW.

Pour la petite histoire, la 407 de série utilisée pour concevoir le concept-car était celle de fonction d’un cadre d’Heuliez, qui a été prié de reprendre ses affaires dans la voiture, avant que celle-ci n’aille se faire découper. Elle roule, donc, et a conservé son moteur 2.2 HDI 16V. Cette Macarena reste une maquette, et les matériaux employés pour l’occasion l’empêcheraient de conserver de bonnes qualités routières. Dommage, le mouvement du toit ne sera pas visible au musée.

Peugeot 407 Macarena Heuliez (5)

L’expo temporaire consacrée à Heuliez au Musée Auto-moto-vélo connaîtra un temps fort samedi 15 juin, avec la tenue d’une conférence et d’une table ronde autour du thème « Du dessein au dessin » avec la participation de Jean-Marc Guillez. Il a dirigé le centre de style d’Heuliez de 1984 à 2010. Une bonne façon de tenter de redécouvrir ce que fût la créativité d’Heuliez, et quelle fût son influence dans l’industrie automobile française.

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Musée Auto-moto-vélo
La Manu
3, rue Clément-Krebs
86100 Châtellerault
05.49.21.03.46

5 euros l’entrée.

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3 réflexions sur “EN IMAGES – A la découverte des six rescapées de la collection Heuliez au musée de Châtellerault

  1. Quel gâchis et quelle ingratitude ! Heuliez c’était la vie, le dernier carrossier au service de l’automobile française !
    Le premier stand que l’on apercevait au Salon de l’Auto en descendant l’escalier mécanique menant au hall 1 .
    Pendant plus de 30 ans il n’y eut que des surprises ! Lune des plus belles fut ce toit rétractable ressuscitant Paulin offert à Peugeot pour sa 206 CC .
    En dehors de Châtellerault y a t il d’autres musées ou passionnés qui ont raflé des enchères et pourraient prêter leurs merveilles pour compléter cette collection ?
    Le Conservatoire Citroën dont Heuliez fut un collaborateur des plus précieux a t il enchéri ?
    Que sont devenues la WR des 405 km/h au Mans et la SM Espace ?
    Il faudra encore une fois reconstituer une histoire qui était écrite devant nous et a été dispersée à tous vents et surtout dans le Monde entier .
    Nous espérons tous que Heuliez pourra survivre en utilisant son savoir-faire dans la voiture électrique et la sous-traitance .
    Qui peut nous dire où en sont ses projets ?

    Longue vie à Heuliez !

  2. Merci un fois de plus à « this is not a method » et son fidèle reporter Benoit, de mettre un coup de projecteur sur cette singulière histoire, qu’est celle du carrossier des Deux Sèvres. D’autres véhicules pourraient par la suite rejoindre cette colllection au Musée de Châtellerault…….Nous le souhaitons de tout coeur et nous travaillerons en ce sens.

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