L’exercice de style de Grégory Guillaume, chef designer Europe de Kia

Grégory Guillaume & Kia GT

Kia a de l’appétit, et le montre. Histoire de se rappeler au bon souvenir des amateurs de belles automobiles, le Coréen a amené à l’exposition de concept-cars du Festival automobile international la GT et la Pop. Deux symboles de l’orientation stratégique prise par Kia, qui emmène le public là où on ne l’attend pas. Grégory Guillaume, chef designer Europe de Kia, décrypte le design de ces engins décomplexés.

Le syndrome coréen aujourd’hui, c’est le même qui prévalait à l’arrivée des constructeurs japonais il y a une trentaine d’années. Les Occidentaux ont vu arriver avec un sourire en coin des autos sans charme, mais solides. Puis le design s’en est mêlé. Les Nipponnes sont aussi devenues désirables.

Jusqu’à il y a cinq ans, les voitures coréennes vendues en Europe ont souffert de cette suffisance occidentale. Les autos coréennes sans charme sont en pleine mutation, et sont adaptées à vitesse grand V aux goûts européens. Dans quelques années, on rira bien en voyant arriver les Chinoises. Et dans moins de dix ans…

Les Asiatiques apprennent vite. Très vite. Et quand ils ont plus d’appétit qu’un barracuda, ils sortent les rouleaux compresseur. Hyundai et Kia (issus du même groupe) ont entamé en Europe leur révolution. Révolution qui est passée, en 2005, par la création de bureaux de design indépendants. Kia a décliné deux studios hors Corée. A Francfort, pour l’Europe, et en Californie. Achevés et structurés en 2007, ils ont pour mission d’offrir une image à Kia.

Kia GT

Grégory Guillaume a la responsabilité du design Europe de Kia, sous la houlette de Peter Schreyer, la signature « Monde » de Kia. « On était quasiment inconnus il y a sept ans en Europe. On doit donner un visage, un caractère et un avenir à Kia. En décidant une restructuration, les Coréens ont voulu donner une responsabilité aux équipes étrangères« , explique Grégory Guillaume. « Et on a énormément de travail« , précise le designer.

Les Coréens sont gourmands, et offrent pas mal de liberté à leurs designers, à croire Grégory Guillaume. La Pop, présentée au Mondial de Paris 2010, ne préfigure rien de bien précis chez Kia. « C’est un parti pris libre de regarder vers un avenir éloigné« . Autrement dit, Kia n’envisage pas la production imminente d’une citadine électrique de trois mètres de long. Le design est libre, puisqu’il s’affranchit d’éventuelles contraintes d’une adaptation en série.

Le rôle de la GT n’est pas le même. Ce concept à propulsion annonce clairement les intentions de Kia dans le haut de gamme. « Quand on a réfléchi à ce projet, on s’est demandé à quoi pouvait ressembler la prochaine page de l’histoire de Kia. On a réfléchi à une propulsion toute nouvelle« , avance Grégory Guillaume.

La propulsion parle autant aux Européens qu’aux Américains. « La propulsion, ça nous donne des possibilités. Le petit porte-à-faux à l’avant, la cabine à l’arrière donnent des proportions sportives et élégantes, analyse Grégory Guillaume. On a fait attention à ce que ce soit réaliste. »

La GT, « c’est du sportif pas agressif, estime le designer. On ne veut pas de surenchère de lignes et de détails, comme c’est la tendance en ce moment« . La recette trouve son inspiration dans une valeur sûre : « On s’est inspirés du monde de l’aéronautique, qui nous fascine tous. Les caméras rappellent les sondes Pitot. Les jantes,  ce sont des ailettes. »

Le tout concentré dans 4,69 m, le gabarit d’une Volkswagen Passat CC, ou d’une Audi A5 Sportback. Des modèles « référence » cités par Grégory Guillaume, passé chez VAG. D’ailleurs, les feux arrières rappellent furieusement les Audi A5 et A7.

A l’intérieur, le traitement est lui aussi sportif… et très influencé. « J’aime quand on a un scénario, une histoire à raconter. Ce qui m’a inspiré, ce sont les souvenirs d’enfance au début des années 1970. Les GT, comme comme les Maserati Ghibli, des voitures d’une grande beauté, partaient de Paris et allaient vers la Côte d’Azur. » D’où ces sièges avant « dorés », très seventies. « On a une grande liberté. Nous, on peut le faire« , raconte Grégory Guillaume, pas peu fier de son effet.

Les garnitures intérieures de sellerie, et sur les contre-portes, sont cuivrées, d’un matériau qui se patine au contact, et à l’usure. L’aspect intérieur évolue avec le temps… « On s’amuse, et c’est très intéressant, se réjouit Grégory Guillaume. Mais les Coréens attendent beaucoup de nous. Ils attendent des résultats. On est une marque qui veut surprendre. On se voit comme une marque challenger. »

La Pop, elle, a été conçue sur un tout autre registre. Chic et premium toujours. Mais volontairement décalée. Le vitrage latérale en biais est inédit. « J’avais un premier croquis. Quand le designer a fait ça, c’est un élément qu’on mémorise tout de suite. Il a fait ça en deux heures. L’architecture du véhicule est restée. C’est une proposition qui m’a marquée dès le départ« , commente Grégory Guillaume.

Une idée par dénuée de praticité, selon le designer. « On a une visibilité incroyable. Comme dans un hélicoptère. De plus en plus, on a des ceintures de caisse très hautes« . Pratique, mais classe, la Pop ? « On voulait donner un côté précieux. Pour l’intérieur, on ne voulait pas venir du monde de l’automobile, mais du mobilier contemporain,  du mobilier scandinave. L’intérieur a été voulu peaceful : pas de boutons partout, pas de cockpit. »

Considérée comme une deux places… et demi, la Pop est équipée d’un « strapontin de cinéma » à l’arrière. « Et puis il y a tout le côté high tech coréen » fait remarquer Grégory Guillaume. L’instrumentation utilise une technologie nouvelle, le TOLED (affichage à led organique transparente) intégré à une plaque de plexiglas.

Dernier élément remarquable, et pas des moindres : la carrosserie en chrome fumé, appliqué comme de la peinture sur une Pop constituée en un seul morceau. Une gageure technologique, délire de designer qui ne sera jamais proposé en série. Kia est bien décidé à tout se permettre. Mais pas n’importe quoi.

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