RETRO – Alpine A110, une quarantième symphonie tout en bleu

PAR PIERRE HUGONNAUD ET BENOÎT FAUCONNIER

Si Mozart avait connu l’automobile, il aurait très certainement conduit une Alpine Berlinette, car il fallait avoir un grain de folie pour imaginer, concevoir et piloter une telle divinité à quatre roues. Après plus de cinquante années de passion sans partage dédiée au monde de l’automobile, déjà tout petit je conduisais une 4 CV sur les genoux de mon pépé, je ne résiste pas à l’envie de vous parler de l’une des voitures majeures du XXe siècle. Il est des automobiles qui ont enthousiasmé plusieurs générations de conducteurs grâce à leur moteur, leur beauté ou leur tenue de route. L’Alpine A 110 possédait tout cela !

Le chef d’orchestre de cette symphonie en bleu, s’appelait Jean-Rédélé. En 1955, il rêve de construire une automobile française pour rivaliser avec la fameuse 356 de Ferry Porsche.

Non seulement il va réaliser son rêve, mais sa Berlinette tiendra en respect pendant de nombreuses années la fameuse 911 ; même encore aujourd’hui sur le marché de la collection, une A110 peut valoir dans certains cas jusqu’à deux 911.

C’est à l’époque le plus jeune concessionnaire de chez Renault. Il est installé à Dieppe, en Seine-Maritime. C’est un excellent pilote et avec son ami Louis Pons, il remporte, dans sa catégorie, en Italie et devant une Fiat, les Mille Miles en 1952 et en 1953. Puis il s’adjuge la coupe des Alpes en 1954 toujours avec sa 4cv carrossée par Alemano équipée d’un 1063 cm3 et qui atteignait 140 km/h.

Il fait alors appel à un styliste italien, Giovanni-Michelotti, pour concevoir une carrosserie plus agressive et plus sportive toujours sur la plate forme de la puce de Billancourt. Avec son bolide, il gagne le rallye de Dieppe, la coupe des Essarts et celle de la ville de Lisbonne.

Entre Paris et Dieppe, la firme Alpine est née

Jean-Rédélé, qui nomme sa société Alpine en souvenir de sa victoire dans la coupe des Alpes, s’installe avec les carrossiers Chappe à Saint-Maur, dans le 18e arrondissement. La plateforme arrive de l’Ile Seguin et le tout est assemblé rue Forest à Paris dans les locaux de la concession Renault/Escoffier, sa belle famille. C’est tout d’abord la coach A106 sur base de 4cv etla A108 avec le moteur à quatre paliers et les éléments dela Dauphine ; puis vient le cinq paliers à l’arrière dela R8.

Jean prend alors son indépendance et installe un atelier de montage à Dieppe. Son grand talent est de savoir fédérer des techniciens venus de différents horizons, pour aller vers un même but : gagner des courses.

Les moteurs Renault dans son berceau, un châssis dit poutre et une carrosserie en polyester…

En 1963, la R8 major est présentée au salon de l’automobile. Elle est équipée du moteur 1 108 cm3. Ce moteur possède déjà une version sportive créée par le génie d’Amédée Gordini qui, lui aussi, fait bon ménage avec la société Alpine. Le moteur possède une culasse à chambres de combustion hémisphériques et développe alors 90 cv. La berlinette subit alors les évolutions des bureaux d’études de la régie de Billancourt.

Après le moteur de la R8 pour le modèle A110-956 (1963/1965) et la R8 Major pour le modèle A110 1100 VA «70» (1964/1969), vient la mécanique de la R8Gordini pour l’A110 1100 VB «100» (1965/1968) et pour l’A110 1300 VB «super» (1966/1971).

Ensuite, c’est l’escalade de la puissance avec le R8G 1300 pour l’A110 1300/1300G VA (1967/1971), le Lotus Europa base R16 pour l’A110 1500 (1967/1968), le R16 TS pour l’A110 1600 VA (1969/1970), le R12 TS pour l’A110 V85 1300 VC (1970/1976), le R16 TS pour l’A110 1600S VB (1970/1971), toujours le R16 TS pour l’A110 1600 SC VD (1972/1975) et le R17 TS à injection de 1600 cm3 pour l’A110 1800 SI VD de 1973 à 1975.

Enfin, le dernier mouvement de cette quarantième symphonie rugissante en bleu se termine avec le moteur de la talentueuse R16TX, qui est implanté dans le modèle A110 1600 SX VH de 1976 à 1977. (Les sigles VA, VB, VC, VD, VH, correspondent aux dénominations officielles du service des mines).

En juillet 1977, la dernière Berlinette construite en France sort des ateliers de Dieppe. Elle est de couleur verte et c’est le 7 176e exemplaire. Elle avait été commandée par un collaborateur de la société. Cette légende a été également produite en Espagne, au Brésil au Mexique et en Bulgarie.

Des performances éblouissantes à faire pâlir les plus grandes

La Berlinette1600 S se caractérise par son châssis poutre noyé dans la résine, avec un treillis tubulaire qui supporte la carrosserie et le moteur. Les suspensions sont par triangles superposées, barres antiroulis, ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques à l’avant, et par demi arbres oscillants avec quatre amortisseurs de même type à l’arrière.

La direction est à crémaillère, directe, avec 3.2 tours de volant de butée à butée. Le moteur 1600 S lui permet des performances très intéressantes, avec un rapport de 5 kg par cheval. On note également une boite 5 et un pont autobloquant en version course ou sur option. Sa puissance est de 138 cv à 6 000 tr/mn, alimentée par deux carburateurs double corps Weber. Les soupapes sont en tête et l’arbre à cames est latéral.

Son excellent poids lui permet d’atteindre les 210 km/h. La version 1800 SI de 1973 développe 165 ch à 7 000 tr/mn, pour des pointes de vitesse à 240 km/h. L’A110 n’est pas une automobile pour la drague ! Si son tableau de bord est complet, le confort et l’habitacle sont spartiates. Ses roues en alliage léger reçoivent des Michelin 165×330 X-AS.

Enfin sa calandre avant est équipée de quatre «longue portée» et de deux Cibié antibrouillard. Cette Berlinette a équipé la gendarmerie nationale. En 1971 sur 400 et 1 000 mètres départ arrêté, l’A110 1600 S signe 15’’5 et 29’’3 pour un prix d’achat de 33 800 francs. La Porsche 911 S : 15’’9 et 28’’9 pour un prix d’achat de 61 000 francs.

Son palmarès sportif est tout simplement époustouflant

Toutes catégories et classes confondues, elle a été une trentaine de fois championne de France, championne d’Espagne, de Suisse et d’Europe ; championne du monde des constructeurs en 1973 avec une 1800 SI. Approximativement, elle a gagné : 85 rallyes nationaux, 38 courses de côtes, 3 endurances sur glace, une vingtaine d’internationaux dont 3 Monte-Carlo.

Ceux qui ont « osé » la piloter : Jacques Feret, Jean Vinatier, Jean-Claude Andruet, Bernard Darniche, Gérard Larousse, Jean Ortelli, Jean-Pierre Nicolas, Jean-Luc Thérier, Matthias Schreir, Jacques Henry, Bruno Saby, Régis et Noam Lagarde, Romuald Delaunay, Bernard Tramont, Ove Andersson, Vladimir Hubaeek, Marianne Hoepfner, Jean Ragnotti, Patrick Depaillet, Michèle Mouton et tant d’autres encore.

Pour la Berlinette, il y eu un véritable état de grâce ; une lutte acharnée de l’intelligence artisanale contre la puissance industrielle. Voilà, le concert est terminé ! Merci monsieur Rédélé de m’avoir tant fait rêver avec cette petite voiture bleue.

Créée en 1955, la marque Alpine a produit des voitures de sports jusqu’en 1997. Jean-Rédélé la céda à la régie Renault en 1971, après une première prise de participation en 1969. Après la A110, il y eut la A310 et la A610. La firme n’est que dans un sommeil relatif …

Carlos Tavares, directeur général délégué du constructeur au Losange, songe à créer plusieurs modèles reprenant sa marque célèbre dans les années 1970. Avec un positionnement « luxe et sport », comme il l’évoque dans La Tribune – Entreprises et Finance du 31 août 2011 : « Il faut se développer dans le haut de gamme. Nous réfléchissons à l’utilisation de la marque Alpine, typée luxe et sport, avec plusieurs modèles. »

3 réflexions sur “RETRO – Alpine A110, une quarantième symphonie tout en bleu

  1. Bravo Pierre, comme d’habitude !
    Je viens même de le relire en écoutant la symphonie n°40!
    Il faut être aussi puriste que toi…
    Valérine

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