Saab, pas loin de tirer la « Sonett » d’alarme

PAR BENOIT FAUCONNIER

N’en déplaise aux passionnés, militants, supporters de Saab, la marque suédoise n’est pas au top de sa forme, financièrement parlant. Ceux qui prétendraient le contraire seraient illico accusés de mensonge éhonté.

Quant à ceux qui relaient simplement les difficultés du constructeur, ils sont déjà accusés d’être les fossoyeurs de Saab. Entre climat passionné et réglements de compte, il doit bien y avoir un peu de place pour la distance et l’analyse sereine.

Saab, c’est la Svenska Aeroplan Aktiebolaget, née en 1937 pour construire des avions militaires. Dix ans plus tard, Saab se tourne vers l’automobile et la production en série commence en 1949, avec la 92. La firme de Trollhättan s’illustre en rallye au début des années 1950. Puis vient le temps des coupés Sonett, de la 99 puis de la 900, dopée au turbo…

Soixante-quatre ans après ses débuts dans l’automobile, Saab n’est pas mort. C’est un fait. Mais les lignes d’assemblage de Trollhättan, en Suède, toujours à l’arrêt depuis le 9 juin, sont un signe évident de cette méforme. Quoi de pire, pour un constructeur, que de ne pas fabriquer et livrer de voitures ? La production devait redémarrer le 9 août. Redémarrage reporté à une date indéterminée, dixit Saab, dans la mesure où des accords et négociations entre Saab et ses fournisseurs doivent permettre « un flot d’approvisionnement stable« . Des fournisseurs non payés ont saisi l’Etat suédois. Les créances non honorées pourraient aboutir, sur décision de la justice, à la mise en faillite de Saab.

Saab, quasiment laissé pour mort par General Motors, qui voulait s’en séparer, a été repris par Spyker Cars (devenus Swedish automobile NV) début 2010. Depuis, la recherche d’argent frais est devenu un sport local, du côté de Trollhättan. Le 28 juin 2011, Saab vend 50,1 % des actions de Saab Property, la filiale qui gère les actifs immobiliers du constructeur. Opération qui amène 28 M€ dans les caisses.

Un accord avec le Chinois Hawtai n’a pas abouti. Un autre, avec d’autres Chinois, Pang Da et Youngman, portant notamment sur le développement de trois nouveaux modèles en plus de ceux prévus dans le business plan de SWAN et l’apport de 245 M€, est toujours soumis à l’accord des autorités chinoises. La course aux financements à court et moyen terme n’est donc pas finie. Des retards sont constatés dans les paiements des salaires. Enfin, le 15 août, Saab a annoncé avoir émis un avis de souscriptions d’actions pour quatre millions d’actions « dans le cadre d’une participation au capital de 150 M€ entre SWAN et le fonds d’investissement GEM Global Yield Fund Limited« .

Preuve ultime que l’argent ne coule pas à flot, Saab a annoncé ne pas participer au salon de Francfort 2011, préférant consacrer ses maigres ressources au redémarrage de la production. Cruelle décision que de choisir de se passer d’une vitrine mondiale. Dommage pour les nouvelles 9-5 et 9-5 Estate, porte-drapeaux de la marque aux côtés d’une 9-3 toujours séduisante mais vieillissante. Ce n’est pas le saupoudrage en Europe de quelques 9-4 X (fabriqués chez GM, au Mexique) qui donnera une chance de muscler la gamme.

Marque atypique, à très forte personnalité, Saab jouit pourtant d’une certaine légitimité dans le haut de gamme et à l’international. L’intérêt des Chinois n’est d’ailleurs, à ce titre, pas un hasard. Ces dernières années, si les concept cars Saab ont été légion, ils n’ont pas été suivis d’effet. Pire : Saab est passé à côté des évolutions des marchés premium en ne proposant pas de compacte (voire une citadine) raffinée, et arrive après tout le monde dans la catégorie des SUV. Ne parlons pas des coupés sportifs. Et pourtant, les déclarations d’intention étaient là, sous forme de concept cars ! Sous le joug de General Motors, pendant de nombreuses années, Saab était-elle à ce point castrée par la maison mère ?

Le temps n’est plus aux regrets, mais à une course contre la montre. Parce que la disparition d’une marque n’est jamais un événement anodin. Parce qu’il y a 3.800 emplois directs en jeu à Trollhättan, une histoire et un savoir-faire uniques, qui comptent dans l’histoire de l’automobile. Parce que (et c’est un jugement personnel), la nouvelle 9-5 est un engin magnifique et tellement différent des BMW Série 5 et Mercedes Classe E… Les Saab sont tellement décalées que son histoire ne peut que suivre le même chemin.

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