REPORTAGE – La 2CV et la Dyane, le plaisir quotidien d’Yvan, Philippe et Hervé

Six mille 2CV réunies pendant une petite semaine, du 26 au 31 juillet à Salbris, pour la Mondiale, c’est au moins autant de fondus de la Deux Pattes, vaccinés aux deux cylindres. Mieux vaut multiplier ce chiffre par trois, au moins, en comptant les passagers… et en ignorant superbement les simples visiteurs. De cette foule, nous avons retiré trois amoureux de la petite Citroën : Yvan, Philippe et Hervé.

Mondiale de la 2CV Salbris Juillet 2011 (141)

Yvan et sa 2CV AZLP de 1958

Mondiale de la 2cv Salbris 2CV AZLP 1958

L’accent est aussi chantant que peut l’être le feulement du bicylindre. Yvan a quitté sa Lozère, et le secteur d’Aumont Aubrac, pour quelques jours, direction la Sologne et Salbris. Un trajet effectué au volant de sa 2CV AZLP de 1958. Sa vénérable monture n’a pas voyagé sur un plateau. Et pour cause : « Cette 2CV, c’est mon unique voiture« , affirme Yvan, sortant du musée Matra, à Romorantin, qui héberge temporairement une expo consacrée à la Deuche. Le choix de ne rouler qu’en 2CV a été assumé il y a une dizaine d’années, quand de vilains excès de vitesse se rappelaient à lui, dopé aux rallyes en Renault 11 Turbo. « Elle roule par tous les temps, tous les jours. Pluie, neige, verglas. Je fais à peu près 30.000 kilomètres par an. »

Yvan est arrivé à la 2CV… par nostalgie. « Un oncle, que j’adorais, avait une 2CV AZA de 1963, avec le nouveau capot. Quand il m’emmenait, c’était le bonheur. » Il n’a donc pas hésité, quand s’est présentée l’occasion de « sauver mémère« , comme il l’appelle. Cette 2CV, Yvan l’a arrachée à un destin funeste. Une vieille dame qui allait la mettre à la casse. Un enchérissement et un peu de force de persuasion plus tard, la 2CV était partie pour une nouvelle vie. Adaptée, aussi, à une utilisation quotidienne dans la rudesse du climat lozérien. Elle passe en 12V avec alternateur, a droit à un essuie-glaces électrique… et à un moteur d’Ami 6 de 22 ch, au détriment du 12 ch d’origine. La boîte de vitesses d’origine a été conservée. « Ca pousse la neige. Je peux rouler à 85 km/h. La puissance en plus, on ne la sent pas. Juste au niveau du couple. » témoigne Yvan, qui est aussi médiéviste.

L’an prochain, Yvan devrait mettre sa 2CV « à poil » : restauration complète du moteur au programme. Des fuites au niveau du joint lunette sont visibles. Les chemises, pistons et cylindres seront refaits. La robe passera du bleu, qui n’est pas d’origine, à un gris plus conforme. D’ici là, Yvan remplacera les pneus arrières par deux gommes trouvées à la brocante, à Salbris. « Alors là, je suis heureux ! » clame-t-il. Comme il signale aussi que « cette voiture, c’est un plaisir. » Fallait-il en douter ?

 Philippe (au centre) et sa Dyane… électrifiée

Mondiale de la 2CV Salbris Juillet 2011 (82)

Il ne sait plus où donner de la tête. Causer en français, reprendre en anglais. Probablement répéter, répéter encore. Mais la Dyane orange de Philippe Ethuin intrigue. Surprend, même. Le ballet de curieux est incessant. Philippe Ethuin a créé sa société, en janvier 2009. Baptisée Solusun, c’est un bureau d’études de solutions photovoltaïques embarquées. Philippe Ethuin et Solusun ont imaginé une capote de 2CV ou de Dyane dotée de cellules photovoltaïques. D’autres cellules ont été installées sur une galerie, et sur la malle arrière, pour recharger des équipements électriques, et se passer d’alternateur.

Philippe Ethuin est allé plus loin, en se rapprochant il y a deux ans de l’association Bientôt électrique, présidée par Cyrille Quéron, qui développe et cherche à commercialiser des kits d’électrification de 2CV et dérivés. Philippe a « converti » sa Dyane. Le moteur thermique, le réservoir, la ligne d’échappement ont été enlevés, au profit d’un moteur électrique, et de batteries au plomb (120 kilos). Au finale, la Dyane pèse 20 kilos de plus, sur la balance, que dans sa configuration d’origine. Autonomie affichée : 30 km. Mais la 2CV verte de Bientot électrique, elle, équipée de batteries lithium-ion, alignerait 125 km sans problème.

Le rapport avec les capteurs solaires dont est affublée la Dyane ? « L’idée est d’avoir une chaîne d’alimentation qui permet de recharger les batteries à partir d’éoliennes« , prévoit Philippe Ethuin. Pour l’heure, les cellules photovoltaïques permettent de charger une batterie « tampon », qui, à son tour, permet de recharger les batteries de la SolarDyane. « A terme, on voudrait supprimer cette chaîne, et que les capteurs solaires rechagent directement la batterie de la voiture. » C’est-à-dire un automobiliste qui devienne son propre fabricant d’électricité, en se passant du réseau et des opérateurs.

Les puristes auront un regret : le chaîne de traction électrique ne génère plus ce bruit moteur si caractéristique de la 2CV ou de la Dyane. Le silence est un problème ? Un bruiteur peut être étudié. Les idées ne manquent pas…

Hervé et son Acadiane pick-up de 1980

Mondiale de la 2CV Salbris Juillet 2011 (150)

C’est le premier rassemblement mondial de 2CV et dérivés auquel Hervé… et il ne le regrette pas. Il est venu à Salbris avec son Acadiane de 1980 depuis Saint-Saulve, près de Valenciennes : 426 kilomètres l’aller, exactement. C’est la première grande sortie de cette Acadiane un peu particulière. Elle a été transformée en pick-up par Hervé lui-même carrossier de profession, qui a ouvert son établissement, la carrosserie du Hainaut, il y a sept ans. « J’ai fait deux ou trois petites sorties, mais là… » s’étonne encore Hervé, qui avoue rester au camping, « tellement il y a de choses à voir ». Son Acadiane pick-up de 1980, il l’a terminée il y a trois mois. De sa couleur crème d’origine, il ne reste plus rien. « La caisse était en très bon état, mais elle n’avait pas tourné depuis 1996. Le moteur (90.000 km) a été refait complètement« , explique Hervé.

La caisse arrière a été découpée. La face arrière a été réutilisée et modifiée pour accueillir la vitre, et délimiter l’habitacle, à l’arrière. La ridelle a été conçue à partir d’un panneau latéral, en tôle ondulée, pour rappeler le reste de la caisse, et d’une tubulure spécialement créée. La bâche, enfin, a été faite sur mesure par un spécialiste. Ultime coquetterie, les deux sièges avant sont surmontés d’un toit ouvrant, qui n’existe pas à l’origine. Une partie de capote de 2CV fait l’affaire pour rouler au grand air.

Hervé est venu à Salbris, « par amour pour la 2CV et les dérivés« , mais  aussi pour « chercher des autres idées« . Il aimerait se lancer sur un autre projet de transformation, peut-être sur base de 2CV, cette fois. Projet qu’il aimerait présenter, pourquoi-pas, à la Mondiale de la 2CV… en 2015. Un chantier qui lui demandera du temps. Car, et c’est heureux, ses carnets de commandes professionnelles sont pleins. Et il a quelques 2CV de clients à restaurer. « On m’en a amené une. Puis le bouche à oreille s’est fait. J’en ai eu deux, trois, et ainsi de suite… » raconte Hervé. Si bien qu’il a fait de la Deuche une spécialité maison.

Spécialité qui ne lui a pourtant pas permis de demeurer la star de son emplacement de camping. Hervé a fait la route depuis Valenciennes avec un copain, Jean-Jacques, déguisé en Arlequin, à l’image de sa 2CV, elle aussi « arlequinisée » à base de stickers colorés. Une Deuche Arlequin et une Acadiane pick-up orange, ça ne passe pas inaperçu, c’est sûr !

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