Dans La Cité de la peur, cuir, luxe et vomi avec la Renault Safrane Palme d’Or

PAR BENOÎT FAUCONNIER

Le Festival de Cannes a fermé il y a quelques heures le soixante-quatrième chapitre de son histoire en attribuant la palme d’or à Tree of life, de Terrence Malick. C’en est donc fini du bling-bling, du m’as-tu vu, des kilos de coke déversés sur les culs de pute à l’arrière des yachts, des bouteilles de champ’ à 10.000 alors qu’il y en a des pas dégueulasses à 30 euros au Leclerc du coin. Du glamour, du luxe, des fleuves de pognon toujours aussi indécents. Et la plèbe qui se pame devant tout ce bordel.

Glamour, luxe et pognon, c’est aussi la devise de Renault qui s’achète chaque année une image en filant à l’organisation des autos pour véhiculer les stars qui, cette année, n’attendaient que des flottes de Latitude et de Fluence ZE pour se la péter grave. Il y a quinze ans, Renault était déjà dans le coup et misait sur l’élégance des Safrane. La Safrane voiture officielle, c’est celle qui au aussi accédé au rang de star d’un film devenu culte, ayant pour contexte spatial et temporel le Festival de Cannes : La Cité de la Peur.

La Cité de la Peur, c’est le premier film signé par les Nuls Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia devant la caméra, et Alain Berbérian derrière. Un monstre d’humour potache qui résume la carrière télévisuelle des Nuls sur Canal +. Parodies de films, pubs détournées, humour pipi caca, gags absurdes, répliques assassines…

Le tout condensé dans une histoire qui tient debout : les projectionnistes de Red is Dead, un film d’horreur miteux, sont assassinés chacun leur tour pendant le festoche. Pour faire monter la sauce, l’attachée de presse, Odile Deray, fait descendre (façon de parler) à Cannes la star du film, Simon Jérémi (Dominique Farruggia), flanqué d’un agent de sécurité, Serge Karamazov, qui couche avec tout ce qu’il protège.

Karamazov a bon goût : il va chercher à l’aréoport de Nice (c’est comme ça qu’on dit dans le flim) Odile et Simon dans une Safrane Palme d’Or. Si l’apparition de la voiture est courte, elle est l’objet principal de quatre scène cultes : Simon Jérémi y prend « la place du mort » (en virant un macchabée du coffre) ; elle se conduit toute seule de l’aréoport de Nice vers Cannes ; c’est de son bord qu’est jetée Odile Deray au coin d’une rue.

Et c’est aussi l’objet d’une pub détournée pas subtilement intégrée dans le déroulement du film. La Renault Safrane devient « une voiture qu’elle est bien pour la conduire« , mais aussi, et c’est écrit en minuscule au bas de l’écran, une « offre valable dans la limite des stocks disponibles vu que y’en a que une« .

En fait, non, y’en a pas que une, de la « Reneault » Safrane série limitée Palme d’Or. Cette série limitée a bien existé en 1994. Disponible avec l’unique motorisation 2.2 12 soupapes 140 chevaux (à boîte manuelle ou automatique en option), elle était équipée du fin du fin de chez Renault pour l’époque : peinture métal bleu Crépuscule, sellerie en cuir noir pleine fleur, jantes alu, feux antibrouillards avant, chaîne hifi 4X20 W avec commandes au volant, freinage ABS et climatisation à régulation électronique.

Les airbags étaient en option, tout comme le radiotéléphone intégré. Et tout ça pour un prix modique de 199.000 francs en boîte manuelle, et 211.000 francs en boîte automatique.

Autant de luxe chatoyant et d’opulence, ça n’empêche pas Simon Jérémi de gerber copieusement à l’arrière, et de pourrir littéralement la sellerie cuir pleine fleur. Tout ça parce qu’il est « super content« , Simon Jérémi. Dites-donc, il n’y aurait pas comme une malédiction des Safrane à intérieur cuir, dans le cinéma français ? Une Safrane V6 se fait littéralement croquer le cuir par Jacquouille la Fripouille dans Les Visiteurs, sans parler de l’explosion du toit à cause de la baguouse de Montmirail qui flamboie. Mais bon, c’est une autre histoire.

En attendant, il faut se souvenir que la Safrane a bien été une star de Cannes. Et si vous en possédez encore une, faites une folie : faites péter le CD de La Carioca dans la chaîne hifi à commandes au volant. Ce sera le plus bel hommage à rendre à ce monument du cinéma français.

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