EN IMAGES – Pour veiller sur l’histoire de l’usine de Poissy, la CAAPY fait de la résistance

C’est un splendide fourre-tout, d’une incroyable richesse. Dans l’enceinte de l’usine PSA de Poissy, dans les Yvelines, se cache un trésor mal connu : la CAAPY. La Collection de l’aventure automobile à Poissy retrace non pas l’épopée d’une marque, mais d’une usine. Tout ce qui tourne autour des voitures sorties de ce site de production à l’histoire tumultueuse est réuni dans un hangar moderne, tenu par des bénévoles… qui s’affairent aussi dans un atelier pour faire vivre la mémoire du lieu.

CAAPY ATELIER

Ivan Karlovsky n’est pas là par hasard, dans cet atelier. La casquette rouge visée sur la tête, il tournoie sous le pont pendant que les « médecins » auscultent le train arrière. Ivan est un aventurier des temps modernes. Il n’a pas hésité à se lancer dans un périple de 1.300 km entre Kutna Hora, en République tchèque, et les plages du Débarquement, en Normandie, au volant de sa Simca 1301 Special de 1966. Quinze jours de voyage au total, et une halte forcée en banlieue parisienne. Les roulements de la 1301 donnent des signes de faiblesse.

Caapy (10)

Alors Ivan, président du Simca-club de République tchèque, sort de son carnet d’adresses le point de chute de référence : la CAAPY, la Collection de l’aventure automobile à Poissy, dans les Yvelines, enclave de l’usine PSA qui assemble aujourd’hui des Citroën DS3. La CAAPY est probablement le meilleur endroit pour tomber en panne en Simca.

Les quelques quinquagénaires qui s’activent à l’intérieur sont probablement parmi les meilleurs spécialistes au monde de Simca. De vrais passionnés qui font vivre aujourd’hui le patrimoine de la marque défunte. A travers un « musée » de 1.800 m2, et un atelier de 230 m2 qui lui est adossé. Là, des autos de la réserve sont promises à une remise en route future. A l’image de cette Simca 8 blanche, encore sous bâche. Les voitures des adhérents sont promises à la pérennité, oeuvrant à la survie de ces espèces sorties de Poissy.

CAAPY ATELIER (4)

Un condensé de ce « made in Poissy » se trouve dans le hall, juste derrière la cloison. Bigre, quel somptueux fourre-tout ! La CAAPY, fondée en 1984, a choisi son camp. Celui de ne pas priver le visiteur du moindre élément qui permet de se plonger dans l’histoire non pas d’une marque, mais d’une usine entière. En résulte un attachant « vide-grenier ». Pas de mise en scène épurée. La CAAPY n’a pas la place, même si elle a pu prendre ses aises dans ce bâtiment spécialement construit pour elle en 2000. Une chance.

Le moindre mètre carré est optimisé pour montrer soixante-dix voitures, propriétés des adhérents de la CAAPY, de la CAAPY elle-même, et de l’usine. Des autos « étouffées » par une collection d’objets que peu de musées peuvent s’enorgueillir de posséder : des pubs d’époque, les tenues des ouvriers, des modèles réduits, de l’outillage… Un trésor qui vit discrètement sous l’égide de l’Aventure Peugeot, le musée grand frère hyper pro du groupe PSA, situé à Sochaux.

Caapy (2)

La CAAPY est peu connue…. et doit le rester, selon Jean Le Meaux, familier de l’usine de Poissy depuis plus de quarante ans. La CAAPY repose au quotidien en partie sur l’engagement de passionnés, qui ne pourraient pas accompagner un afflux massif de visiteurs. La CAAPY n’est pas structurée pour le tourisme de masse. Certains visiteurs ne pardonneraient pas la poussière sur les capots, les panneaux qui cernent les autos. Les puristes s’accomoderont de cet univers non aseptisé qui n’assmilie pas les codes traditionnels des musées. Pour mieux toucher du doigt d’aventure Poissy, née avec Ford SAF en 1938.

Caapy (3)

Dès le début du XXe siècle, le constructeur américain s’implante en Europe, en créant une filiale en Grande-Bretagne en 1904. Les importations en France commencent en 1907. L’importateur, Henri Depasse, installe un atelier de montage à Bordeaux en 1909. Installations rachetées par Ford en 1916, qui fonde sa société française Ford. En 1925, Ford achète une usine de deux chaînes parallèles à Asnières : une ligne pour la Ford T, l’autre pour des camions légers.

En 1929, l’entreprise réorganisée donne naissance à Ford SAF. En 1934, Ford SAF et Mathis s’unissent pour créer la société Matford, usiner des moteurs V8 à Strasbourg, et monter des voitures à Asnières. En 1937, Ford SAF décide de construire une usine pour fabriquer des moteurs Matford V8 13 et 21 CV. Poissy est choisie pour réunir les services administratifs, la fabrication et le montage de 150 voitures par journée de huit heures. Les travaux commencent en 1938.

Caapy 1947 FORD 472 A

Avec la guerre, Poissy fabrique des pioèces nécessaires au montage de moteurs d’avions. L’usine est évacuée en juin 1940. Les moyens de production sont répartis ailleurs. A la libération, Poissy reconstruit des moteurs de chars de l’armée américaine, et de Jeep. L’usine est reconstruite en 1946, et la production de camions reprend avec le F698W. La première voiture de tourise de Poissy est la Ford 472A. En 1948, place à la Ford Vedette. A cette époque-là, seul l’assemblage est réalisé : l’usine n’est pas dotée de fonderie, de forges, d’ateliers d’emboutissage…

En 1954, Ford se sépare de sa filiale française et la revend à Simca. Poissy est cédée le 4 juillet 1954 (Ford conserve 15 % du nouveau capital). Simca, c’est la société d’assemblage de véhicules Fiat en France, née sous ce nom en novembre 1934, mais dont les activités remontent à 1916 avec la simple diffusion des Fiat dans l’Hexagone. La reprise par Simca des actifs de Ford SAF en 1954 se traduit par les changements de nom des Vedette, qui deviennent Trianon, Versailles, Régence. Des modèles conçus par Ford, à Dearborn. Les poids lourds Ford Cargo demeurent, sous le blason Simca. En 1955, Poissy est agrandie pour accueillir la production de l’Aronde.

Caapy 1952 SIMCA ARONDE

En 1958, Chrysler reprend les 15 % du capital détenus par Ford, et porte sa participation à 25 %, permettant à Chrysler de distribuer des Simca outre Atlantique. La même année, Simca reprend des ateliers et le nom Talbot. L’inauguration de Poissy intervient cette année-là, avec le lancement de la fabrication des P60.

En cinq ans(1963), Chrysler devient actionnaire majoritaire de Simca (63 %). Les Pentastar commencent à apparaître sur les voitures qui sortent de Poissy. En 1970, Chrysler possédant 99,3 % du capital, les voitures de Poissy deviennent Simca Chrysler. L’année précédente, c’est avec Matra q’un partenariat est noué. Il permet de commercialiser dans le réseau Simca les Matra, dont la 530. Suivra la Bagheera, avec ses fameux trois places de front.

Caapy 1985 TALBOT SOLARA SX

En 1978, Chrysler cherche à se séparer de ses filiales européennes. C’est le groupe Peugeot qui emporte la mise, et qui fait ressurgir en 1979 la marque Talbot, dans l’escarcelle de Simca depuis 1958. En août 1979, les ex-Simca Chrysler 1307 et 1308 reliftées sont rebaptisées Talbot 1510.

L’ère Talbot se poursuit avec les Solara, Samba, la Matra-Talbot Murena, mais aussi la Rancho, produite à Romorantin, chez Matra, sur une base de Simca 1100 VF2 fournie par Poissy. La Talbot Tagora fait long feu (trois ans de carrière) tandis qu’une nouvelle compacte se dessine dans les ateliers de Poissy : la Talbot Arizona, qui devient Peugeot 309 en juillet 1985, signant par là même l’arrêt de mort de la marque Talbot.  S’ouvre le chapitre Peugeot et, depuis 1999, l’aventure commune PSA Peugeot-Citroën.

Caapy (2)

Alors, que retenir, dans la CAAPY, de cette histoire tumultueuse ? Hormis le fait que toutes les voitures présentées sont en état de fonctionnement, certaines raretés ont des histoires à raconter. Comme l’Aronde Bacalan. Une nouvelle génération d’Aronde présentée au patron, Henri-Théodore Pigozzi… qui la rejette. Les 650 voitures déjà produites sont stockées dans des hangars, faubourg Bacalan, à Bordeaux. Modifiées, elles sont proposées à tarif préférentiel au personnel. Soixante-huit trouvent preneur. Les autres partent pour la Hongrie et la Pologne, pour devenir des taxis dans le cadre des marchés de compensation avec les pays de l’Est.

Caapy 1966 SIMCA 936 (2)

A peine plus récent, le prototype 936, petite urbaine à quatre portes destinée à affronter la Mini. Une traction avant à mécanique de Simca 1000 et boîte semi-automatique. Un projet qui ne dépassera le stade des études… et dont on retrouvera quelques similitudes sur la future Renaut 5. Les transferts d’ingénieurs de Simca Vers Renault n’y seraient pas pour rien.

La Doge Omni, elle, n’est pas totaleent inconnue. Elle reprend les traits de la Simca Horizon, à l’étude dès 1975 pour succéder à la Simca 1100. Un modèle pensé pour être vendu en Europe, et aux Etats-Unis. En ligne de mire, la VW Golf. La Dodge Omni est la version américaine de l’Horizon. Celle présentée est dotée du moteur diesel de la Peugeot 205. Elle restera lettre morte.

Trois autos qui caractérisent les errements et les réussites d’une usine sous les ordres de pas moins de cinq marques, en soixante-trois ans. C’est ce qui fait le sel de ce musée : en s’arrêtant devant chacune des autos, on prend aussi une leçon d’histoire automobile industrielle française.

CAAPY, 212, boulevard Pelletier, 78955 Carrières-sous-Poissy.

Visites sans rendez-vous les lundis de 14 h à 17 h et le samedi, de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Visite guidée, une heure environ. Tarif : 5€. Groupes, scolaires et étudiants, 3€. Gratuit pour les moins de 10 ans.

Téléphone : 01 30 19 41 15 aux heures d’ouverture. Office de tourisme de Poissy : 01 30 74 60 65.

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