Quand Jackie Chan pilote Thunderbolt, un nanar à la gloire de Mitsubishi

PAR BENOIT FAUCONNIER

On connaissait Jackie Chan touchant sa bille en arts martiaux, un peu moins en pilotage automobile. Il n’était pas bien utile de bâtir un scénario en béton armé pour concilier et deux, et faire de Jackie Chan un héros qui, une nouvelle fois, met une sale rouste aux méchants. La preuve avec Thunderbolt, commis en 1995, connu en France sous l’improbable titre Jackie Chan sous pression. Thunderbolt, réalisé par Gordon Chan, flirte avec le nanar, allègrement sponsorisé par Mitsubishi.

Foh (Jackie Chan) vit et travaille dans le garage miteux familial doublé d’une casse pourrie, à Hong-Kong. Le genre de bouis bouis de la mécanique pas très engageant. Et, va-t-en savoir pourquoi, il part en formation chez Mitsubishi, à l’usine qui produit les Space Wagon, entre autres, où il touche aussi de la Lancer Evo de compétition. Un soir, il est mis à contribution, avec son paternel, par la police locale, pour déceler en ville les voitures modifiées illégalement et les embarquer en fourrière. Ca sent le roussi pour les Toyota Supra tunées, sous les yeux d’une équipe de télé et d’une journaliste sans scrupules. Pas moche mais sans scrupules puisqu’elle est prête à tout pour ramener des images sensationnelles qui vont booster sa carrière sans avoir à coucher.

En plein contrôle, une Nissan Skyline force les barrages. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les policiers en Ford Scorpio sont du genre galériens. Pour planter dans le décor une Ford Scorpio de la police et faire croire à une banale glissade, Gordon Chan ne trouve rien de mieux que l’effet pyrotechnique qui soulève l’arrière de l’auto. Admettons.

Celui qui arrivera à mettre la main sur la Skyline folle, c’est Jackie Chan, bien entendu. Alors qu’il dépanne l’équipe de journalistes sans scrupules en rade, la Nissan Skyline réapparaît. Jackie Chan la prend en chasse en sautant dans la Mitsubishi FTO dans laquelle est restée la journaliste pas moche mais sans scrupules. S’ensuit une interminable poursuite by night au terme de laquelle le pilote de la Skyline est arrêté. Il s’agit de Cougar (joué par Thorsten Nickel, une méchant de seconde zone repêché des Vacances de l’amour, qui devait rêver d’une carrière à la Dolph Lundgren), un dangereux criminel et aussi pilote de course.

Cougar parvient à s’évader à l’aide de ses acolytes, et songe briser l’harmonie familiale qui règne dans casse pourrie de Jackie Chan. Et de quelle manière : en levant avec une grue le container dans lequel vit (et dort à l’instant T) Jackie Chan, et en le jetant sur les ateliers pourris de la casse pourrie. Ca sent le sapin pour Jackie Chan et les siens. Il aurait voulu tuer Jackie Chan qu’il ne s’y serait pas pris autrement, le Cougar !

A ce moment précs, on a du mal à cerner la psychologie du criminel psychopathe pilote de course. Ce qu’il exige, c’est que Jackie Chan participe à une course automobile, contre lui, au Japon. Et s’il avait tué Jackie Chan dans la chute du container pourri, il se la serait mise où, son exigence, Cougar ?

En tout cas, Jackie Chan accepte le deal. Bah oui, Cougar a kidnappé les deux petites soeurs de Jackie Chan après l’accident de container dans la casse pourrie. Autant dire qu’il est sous pression, Jackie Chan. Tiens, c’est peut-être de là que vient le titre français du film… Jackie Chan accepte le deal, disait-on, suivi comme une ombre par la journaliste pas moche mais sans scrupules, qui tient à filmer l’aventure.

Il lui faut une voiture de course. Comme Jackie Chan ne fait rien comme les autres, il préfère commander sa Mitsubishi Lancer en pièces détachées et la monter lui-même avec ses copains. Scène incompréhensible, il chronomètre, assis dans un baquet, sur le sol, sa rapidité de passage de vitesses. On cherche encore pourquoi. Bref, la Lancer est montée, mais il faut la tester. Heureusement que Jackie Chan est pote avec la flicaille hong-kongaise, qui barre une autoroute entière pour permettre l’essai. Elle est pas cool, la police hong-kongaise ?

Arrive enfin la compétition, au Japon. Sur le circuit, la journaliste pas moche mais sans scrupules repère des méchants, et elle les suit jusqu’à leur repère, une salle de jeux. Elle avertit Jackie Chan qui rapplique illico. Forcément, vindicatif comme il est, il se met à dos des tatoués qui interrompent leur séance de sauna, et une bande de sbires prêts à en découdre… mais sans armes.

C’est là que s’exprime tout le talent de Jackie Chan, cascadeur émérite, balèze de chez balèze en kung fu première langue. Le meilleur moment du film : sept minutes de castagne chorégraphiée. Du Jackie Chan comme on l’aime. Malgré les ralentis saoulants, et le doublage en français calamiteux. Mais au moins, Jackie Chan récupère une de ses soeurs. C’est déjà ça…

Pas le temps de mettre de la glace sur les tibias qu’il faut regagner le circuit. Et là, les yeux saignent. Un pilote maladroit coupe la route à Jackie Chan. Il envoie sa Mitsubishi Lancer au tas, la voiture brûle, il s’en sort in extremis, il est déçu parce qu’il croit sa course terminée et il vivra à jamais avec, sur la conscience, le cadavre de sa deuxième soeur qu’il n’a pas pu sauver. Mais ça ne peut pas se terminer comme ça. Le lendemain, une bombasse de chez Mitsubishi Ralliart (chez qui Jackie Chan est formé au début du film) lui fournit deux Mitsubishi 3000 GT neuves. Youpi ! Le duel avec Cougar aura bien lieu. Chauffeur de miss Daisy la veille, Jackie Chan devient un virtuose du volant dans la 3000 GT.

La scène de la course ? Terrible. Puissance dix. Horrible. Moche. Zéro. Impossible. Visiblement, des scènes ont été tournées sous une pluie battante, puis par beau temps, alternativement sur piste mouillée et sur piste sèche, et montées pour donner un joyeux fourre-tout. Les concurrents ? Des baltringues qui feraient un carnage sur une piste de Junicode, à voir les trajectoires honteuses et les accidents en pagaille. Là encore, gros moyens pour « créer » les accidents. Une voiture percutée par l’arrière ? Elle s’envole littéralement (on a vu la charge explosive sous le chassis).

Le réalisateur abuse des scènes en accéléré (trahies par la vitesse de balayage des essuie-glaces des voitures, les applaudissements frénétiques…) Après tout, on n’est pas à une curiosité près, voyant déjà la Mitsubishi 3000 GT et la Nissan Skyline concourir avec une Honda NSX, une Opel Vectra, une Toyota Supra, une BMW Série 3, une Alfa Romeo 155, une Honda Prélude, une Nissan Primera, une Toyota Carina (si, si !).

L’Opel Vectra percute on-ne-sait-quoi (rien en réalité) et fait un « soleil » par l’avant. Ca ne choque personne ? De toute façon, tellement d’autos sont envoyées au tapis, brûlent, explosent, volent, et se font hâcher en deux qu’au bout du compte, il ne doit plus en rester beaucoup en piste… Ben si. Elles sont encore un bon paquet à être malmenées par des pilotes qui méritent un stage de redressement chez Aixam.

Avec ces clodos du volant, pas étonnant que Jackie Chan et Cougar se retrouvent en tête de la course… au cours de laquelle la journaliste pas moche mais sans scrupules avoue, par panneau interposé, qu’elle aime le beau Jackie pourtant un peu rude avec elle. Le duel est palpitant. Dans le dernier tour, une manoeuvre pas très clean de Cougar envoie les deux pilotes de tête dans le bac à gravier (On n’a pas vu l’ombre de la grue qui permet de filmer la scène).

Fin de course théorique pour un pilote lambda avec sa voiture enfoncée de quinze centimètres dans les cailloux. Sauf qu’on a affaire à Thorsten Nickel et à Jackie Chan, qui parviennent à sortir de là exactement en même temps. L’un en marche avant, l’autre en marche arrière. Et l’un des deux roule plus vite en marche arrière que l’autre n’accélère en marche avant. C’est pas impossible, ça ?

Ce n’est pas un secret, Jackie Chan gagne. Mais ce bachi-bouzouk de Cougar s’enfuit ! Jackie Chan se lance à sa poursuite, même pas arrêté par une collision avec d’autres concurrents et un vol plané dans le mirador d’un commissaire de piste. Oui, je sais, c’est improbable. Tout comme l’est la sortie de piste de Cougar. On a voulu nous faire croire que sa Nissan Skyline et percutée par la Mitsu de Jackie Chan, mais on voit à l’image que la Skyline s’envole et part en tonneaux sans raison.

Dans un dernier acte de bravoure, Jackie Chan aide Cougar à sortir de sa voiture, qui explose… avant l’arrivée d’une bonne centaine de policiers venus cueillir le méchant sans pitié sur la piste… après avoir libéré la deuxième soeur de Jackie Chan. Ce dernier arrachant un bisou à la journaliste pas moche, et qui a renoncé à faire du sensationnel sur le dos d’un type qui a failli mourir une bonne vingtaine de fois. Elle n’a pas peur de sortir avec un gars qui attire autant les emmerdes !

En guise de casse-croûte, une des scènes de la course finale : cliquez ici.

En guise de dessert, une petite scène de baston… en allemand : cliquez là.

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