Festival de Quend : l’automobile grolandaise à travers les âges

Ce week-end devait être celui du sixième festival du film grolandais. Une sixième édition qui aura lieu en 2011… peut-être. Quel rapport entre ce qui était devenu un haut lieu du cinéma drôle, décalé, déjanté, subversif, insolent, contestataire, et ce blog à dédié à l’automobile ? Un lointain rapport. Lointain de chez lointain. Putain, qu’est-ce qu’il est loin, le rapport…

Festival du film grolandais

Un peu de rétropédalage pour ceux qui n’ont jamais mis les tongs au festival : l’humour grolandais sévit depuis plus de quinze ans sur Canal+ (vous saviez, que l’ORTF, c’est fini ?). Parmi les auteurs, Benoît Délépine, Picard passionné de BD et de ciné, entre autres, acoquiné à un autre Picard, Raymond Defossé, révolté dans l’âme. Leur envie ? Offrir une place au cinéma « bis », loin des canaux habituels de distribution, et un peu hors système.

Tout ce qui est drôle, con, absurde, forte tête, engagé, est à diffuser dans un anti-festival de Cannes. Ce sera à Quend, dans la baie de Somme, là où Raymond Defossé préside Cinépax, l’association qui gère la programmation du Pax, le ciné de cette station balnéaire hors du temps et du glamour de pacotille cannois.

Le premier festival de Quend débarque en 2005. Avec un vrai jury (présidé par Guillaume Depardieu), qui attribue une amphore d’or, des milliers de festivaliers, et les piliers de l’humour grolandaisthemselves. L’affiche du premier festival représente Benoît Délépine et Christophe Salengro, l’énormissime président du Groland (surnommé aussi eul’grand, pour son double décimètre et sa posture gaullienne) debout dans une Citroën CX présipale décapotable probablement unique.

En septembre 2006, deuxième édition du festival de Quend. Raz-de-marée de festivaliers, programmation dantesque. Un Woodstock cinématographique. Ambiance joyeuse de chaos alterno-underground. Les punks à chiens sont là, les vieux, les familles, les alcoolos. Les Grolandais de coeur et d’esprit déboulent de toute la France, prêts à célébrer la fin d’un monde trop bien pensant. Difficile de se gaver de cinéma : les salles sont prises d’assaut. Cette année-là, le Président Salengro arrive à Quend, le vendredi soir, pour ouvrir le festival, à l’arrière d’une 2CV. C’est même un défilé de 2CV qui entoure le carrosse présipal, entre la gare de Rue et Quend.

Quend 3, en 2007, c’est la même sauce… avec un peu plus de gendarmes pour encadrer les festivaliers, pas moins nombreux. Salengro et consorts se pointent à Quend en Renault 15 et Renault 17. Pendant tout le week-end, le Président Salengro ne quitte que très rarement un engin militaire amphibie. Histoire de cueillir à sa manière l’élection de son petit homologue français. Sur la digue, place au festival Off short, où les amateurs de tous poils présentent à l’arrière camionnettes, dans des caravanes ou dans des tentes, leurs courts métrages.

Quand 4 « la patate » voit l’avènement d’une affiche mettant en scène le Président Salengro à l’arrière d’une Rolls-Royce Corniche cabriolet, larges lunettes de soleil sur le pif, plus « bling-bling » que jamais. Et de railler encore un peu plus le pensionnaire de l’Elysée français. Que de chemin parcouru entre la CX et la Rolls… Le public est devenu plus cinéphile. Plus passionné. Moins déglingué.

Quend 5 « ça requinque » (la Rolls toujours sur l’affiche) a permis au staff présipal d’apparaître à Quend non plus en voiture, mais en Bus Force One… Année du délire sécuritaire, imposé par les « autorités ». De la bagnole bleue et de l’uniforme à tous les accès à Quend, la Subaru de sortie. Il fallait bien ça après que la hiérarchie de la soldatesque gendarmée eût estimé que Quend était une « infâme beuverie ». Et que la préfecture exigea la fin d’un concert, le dimanche, à 17 h. Et interdit les autres, un peu plus improvisés, dans les rues de la station.

2010 devait être l’année de Quend 6 « la police », dixit le Grand Salengro. Pas à Quend, pour cause de bisbilles financières, de dettes accumulées par Cinépax. Mais à Saint-Quentin, dans l’Aisne, pour un nouveau départ, dans un cinéma de la ville, l’organisation étant libérée de l’utilisation, donc de la location de lourdes structures mobiles et éphémères. Sauf que la conseil régional ne s’est pas rangé, pour la première fois, du côté des partenaires du festival. Baisser de rideau, provisoire, donc.

Si l’aventure repart en 2011, elle ne sera plus tout à fait pareille, même si les films projetés sont promis toujours insolents, décalés, drôles et subversifs. Quend, c’était un décor, une gueule, une architecture improbable, un pan entier de la personnalité du festival. Les parkings de fourgons tagués des punks à chiens, les stationnements de camping cars de fortune, et les enfilades de bagnoles estampillées « GRD », ça avait quand même sacrément de la gueule.

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