REPORTAGE – La collection Heuliez, un pan de patrimoine automobile français classé monument historique ?

Peut-être sont-ils considérés comme fous. Eux se disent simplement passionnés. Et il en faut, de cette passion qui, parfois, soulève les montagnes. De la conviction, aussi, pour entreprendre la protection de la collection Heuliez. Il faut entendre par « collection » le patrimoine du carrossier-constructeur de Cerizay, dans les Deux-Sèvres, entreposé dans un hall de l’usine : des prototypes, des premières de série, des maquettes à l’échelle 1, des études de style… Des engins uniques, pour beaucoup, qui ont façonné l’aventure Heuliez.

Conservatoire Heuliez

Une mémoire miraculeusement préservée, unique même, puisqu’elle n’a jamais été réunie aussi complètement : quatre-vingt voitures signées Heuliez sont là. « Elles étaient éparpillées, se souvient Vincent Thibaudeau, chauffeur des dirigeants d’Heuliez. Elles étaient dans un hangar à trente kilomètres de l’usine ». Plus du stockage par défaut que de la préservation : « Elles étaient dans des hangars ouverts à tout vent, elles étaient à peine abritées. » Oubliées, ces autos ? Pas vraiment. Mais pas spécialement bichonnées non plus. C’était il y a moins de cinq ans.

Certaines autos avaient quitté la collection, vendues aux enchères, au coup par coup : « Il y a eu une vente de certains modèles et de quelques doublons, vers 2003. On a voulu enrayer ça« , décrit Vincent Thibaudeau, qui entreprend de réunir les voitures restantes… et d’envisager une sorte de protection.

André Leroux, Vincent Thibaudeau et Vincent Dabin

La vente aux enchères interpelle également Vincent Dabin, qui planche depuis 2000 avec d’autres passionnés Deux-Sèvriens sur l’industrie automobile dans le département, terreau qui a donné naissance à Heuliez, Venturi, Tuar ou Sovam. « On s’est inquiétés du sujet. On a fouillé le truc. On a essayé de savoir ce qui était fait chez Heuliez. Le premier contact qu’on a eu, c’est avec la directrice de la communication. Et les premières difficultés d’Heuliez nous ont interpellé« , raconte Vincent Dabin.

André Morin, fondateur de Sovam, met ensuite Gérard Quéveau, PDG d’Heuliez, sur la route de Vincent Dabin. Une association, Deux-Sèvres Auto Mémoire, est créée en 2005. Elle est présidée par Vincent Dabin. Ses deux présidents d’honneur sont… André Morin et Gérard Quéveau. « Un jour, M. Quéveau nous a dit : sachez que chez Heuliez, on a un conservatoire, une collection d’autos. La personne qui s’en occupe, c’est Vincent Thibaudeau. » La rencontre entre les deux Vincent a lieu rapidement… et aboutit à une idée : faire du patrimoine Heuliez un acteur du tourisme dans les Deux-Sèvres.

Le principe est d’empêcher une éventuelle vente de la collection, donc l’éparpillement, et d’en faire un outil de promotion touristique. « Pas sous la forme d’un musée, mais d’un conservatoire, une caverne d’Ali Baba qu’on ouvre aux clubs, prévient Vincent Thibaudeau. On a les voitures, avec les outils de formage, et toute la documentation« .
Le conservatoire, c’est cette forme qu’ont choisi Citroën et Renault, pour préserver leurs modèles. A l’inverse de Peugeot qui, lui, a son musée, à Sochaux.

Conservatoire Heuliez

« On a contacté les élus locaux pour les alerter qu’il y avait cette collection« , reprend Vincent Thibaudeau. Dans le même temps, le projet de développement autour des 80 autos d’Heuliez, entre autres, prend un nom : « Laissez-vous transporter par les Deux-Sèvres ». « On a donné un projet aux politiques !, s’enthousiasme Vincent Dabin. Quand les autres problèmes d’Heuliez sont arrivés, avec une nouvelle recherche de partenaires, on s’est dit que si on écrivait à la préfète… » C’était il y a un an : « On est toujours à ma merci de quelqu’un qui reprend la boutique. La collection peut être vendue pour remettre un peu de sous dans la machine. »

Au sein même du « conservatoire » placé dans les mains de Vincent Thibaudeau, commence un autre challenge : séduire la déléguée du consevateur régional des objets d’arts de Poitou-Charentes. « Elle a été vraiment surprise« , se réjouit Vincent Thibaudeau. L’atout du projet ? Il n’existerait pas d’objets industriels classés dans les Deux-Sèvres. Et le conservateur régional aurait sensibilisé à l’idée, dans la mesure où il avait assisté à la vente de la collection Berliet, en Rhône-Alpes.

Le classement d’autos Heuliez en monument historique est entrepris par Vincent Thibaudeau, entre autres. « Comme c’est une première, on le fait sur trois véhicules« , annonce-t-il. Les trois « objets » choisis : le prototype de taxi urbain H4, sur base mécanique et chassis de Peugeot 204, la Citroën SM Espace (dotée d’un inédit toit ouvrant rétractable dans un montant central), et la WM P88 numéro 51, qui a battu un record de vitesse aux 24 Heures du Mans, en 1988, atteignant 405 km/h dans la ligne droite des Hunaudières.

Conservatoire Heuliez (1)

Difficile de faire un choix : la collection a commencé en 1925 avec la première carriole aux roues caoutchoutées. Plus de quatre-vingts ans après, Vincent Thibaudeau veille sur un patrimoine conséquent : « Quatre-vingt-dix autos sont présentables, que des voitures uniques. On peut présenter aussi les dessins, les jouets, les miniatures, des gadgets publicitaires Heuliez. En cas de pertes d’un doublon, on a un exemplaire de chaque sauvegardé dans une armoire forte« , détaille le « conservateur ».

Et ce n’est pas tout : les dossiers de presse sur chaque modèle sont également conservés, comme les cent cinquante drapeaux des usines, les documents photographiques de chaque visite du site par une personnalité, les esquisses des designers, des bleus de travail des années 1970… « Ce serait dommage de tout perdre« , tranche Vincent Thibaudeau. Lequel imagine encore pouvoir faire restaurer certaines voitures : « On peut en prêter certaines à des clubs pendant six mois, et ils nous les remettent en état« , suggère Vincent Thibaudeau.

Conservatoire Heuliez (2)

Pour l’heure, les trois dossiers de classement en monument historique sont en cours d’instruction. « Notre projet peut paraître incongru. Notre démarche apparaît peanuts à côté de ce qui se passe chez Heuliez. Mais on a réussi à ouvrir des portes« , se satisfait Vincent Dabin. « Ca fait dix ans que je bataille pour les voitures, cinq ans vraiment à fond« , termine Vincent Thibaudeau. Dans sa voix, ça sonne comme le démarrage d’une aventure un peu folle. Mais terriblement attachante.

PHOTOS VINCENT DABIN ET VINCENT THIBAUDEAU

A lire :
Carcatalog, le site Internet d’André Leroux, qui retrace l’histoire d’Heuliez, entre autres, et tous les modèles que le carrossier-constructeur a produits ou imaginés. Un site d’une richesse documentaire incroyable.
– Le blog de Deux Sèvres Auto Mémoire, l’association présidée par Vincent Dabin.

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