Toyota, pas loin de l’accident industriel

PAR BENOÎT FAUCONNIER

Le landernau automobile est en émoi. Pensez-donc : Toyota, le constructeur modèle, premier au monde en volumes, puisqu’ayant grillé la politesse à General Motors ; l’un des plus rentables ; l’un des plus réputés pour la fiabilité de ses modèles, est en proie à une campagne de rappel quasiment sans précédent aux Etats-Unis, et maintenant en Europe.

Jusqu’à huit millions d’autos (Toyota et Lexus) qui doivent retourner à la case garage pour un défaut dans le mécanisme de la pédale d’accélérateur, susceptible de rester coincée en position enfoncée. Dans d’autres cas, c’est un défaut de tapis de sol qui maintiendrait la pédale enfoncée.  Une anomalie qui aurait été la cause de plusieurs accidents mortels aux Etats-Unis. Des plaintes ont aussi été rendues publiques pour freins défectueux sur la Prius.

Sur le Vieux-Continent, huit modèles sont touchés, de l’Aygo (produite dans la même usine tchèque que les Citroën C1 et Peugeot 107, faisant elles aussi l’objet d’un rappel pour 97.000 d’entre elles) au Rav-4, en passant par la Yaris (fabriquée à Onnaing, dans le Nord de la France), l’Auris, la Corolla Verso ou l’Avensis.

Les chiffres donnent le tournis, tout comme la tournure qu’a pris l’événement. Le PDG de Toyota, Akio Toyoda, a présenté des excuses publiques sur NHK, une chaîne de télé japonaise. Aux Etats-Unis, la vente de certains modèles a été purement et simplement suspendue, et des usines sont à l’arrêt.

L' »affaire Toyota » est un cas d’école et pointe, d’après les analystes, deux dérives de l’industrie automobile : la chasse permanente aux coûts, et la démultiplication, voire la standardisation extrême de process de fabrication. Dès lors qu’un seul avoue une faiblesse, il se répercute sur l’ensemble de ses applications. A l’échelle d’un constructeur comme Toyota, le rayonnement est… mondial.

Les conséquences sont inattendues : aux Etats-Unis, les concurrents ont lancé une offensive sans demi-mesure pour « récupérer » les clients de Toyota à coups de remise. Des gens difficiles à séduire, car terriblement fidèles à leur auto pas toujours hyper fun, mais qui ne leur causait jamais le moindre pépin.

Même Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan, y est allé de son petit commentaire, un peu osé, affirmant que cette mésaventure profiterait à court terme aux concurrents. En voilà un qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas.

Pourtant, le rappel, toujours détestable niveau image de marque, n’a rien d’un phénomène nouveau. L’effet loupe est d’autant plus important dans le cas de Toyota qu’il est l’un des moins coutumiers du fait.

Aux Etats-Unis, l’affaire a pris de grandes proportions dans la mesure où des accidents ont été recensés.  Ce qui renvoie aux mésaventures de Ford, il y a une dizaine d’années, confronté à des explosions de réservoirs sur des pick-up,  qui ont massivement défrayé la chronique, à coups de class actions en justice. Les clients réclamaient plusieurs millions de dollars d’indemnités. En ces temps plus anciens, la plupart des constructeurs américains avaient la fâcheuse tendance d’indemniser les consommateurs au cas par cas, moins coûteux que d’organiser de vastes campagnes de rappel.

Dans le cas de Toyota, la résonnance est particulière. Par le fait que le « modèle » japonais n’est finalement pas inébranlable. Et que le constructeur est maintenant en proie à une crise de confiance, doublée d’un sévère impact sur les résultats industriels. Le cours de l’action Toyota, à la bourse de Tokyo, a chuté de 19 % en moins de quinze jours.  Le coût du rappel massif, lui, a été évalué à près d’1,5 milliards d’euros.

Reste les coûts induits de ce coup porté à l’image du constructeur. Mécaniquement, le constructeur connaîtra une baisse des ventes. Elles ont chuté de 16 % en janvier aux Etats-Unis. Des déboires au retentissement international. En Europe, la plupart des constructeurs avaient difficilement négocié le virage technologique généré par la production de moteurs diesel encore plus performants mais pointus, et surtout l’arrivée massive de l’électronique embarquée et du multiplexage, pas tout à fait maîtrisée.

Des campagnes massives de rappel avaient été organisées, après la mise sur le marché de voitures pas vraiment au point (premières générations de Citroën C5, Renault Laguna, Peugeot 307, mais aussi des Mercedes Classe E, des floppées d’Opel à moteur Ecotec ou Volkswagen et Audi aux moteurs TDI fragiles). Quand les propriétaires n’avaient pas à faire face à de longues périodes de réparations et d’immobilisation de leur auto, sous garantie dans le meilleur des cas… et particulièrement onéreuses en dehors.

Des incidents qui n’ont cependant jamais atteint l’ampleur de la crise que connaît aujourd’hui Toyota, malgré environ quatre années noires, de 2000 à 2004, pour l’ensemble des constructeurs.  Phénomène toujours dévastateur dès qu’il s’agit de la confiance à accorder à une marque. Les consommateurs, dans ces cas-là, ont de la mémoire…

En France, une affaire d’accident de la route au cours duquel le conducteur d’une Renault Vel Satis avait mis en cause le dysfonctionnement du régulateur de vitesse, suivi par d’autres, avait fini par coller aux pneus de Renault…

 

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