Les deux Citroën SM présidentielles avaient une petite soeur cachée

PAR BENOIT FAUCONNIER

Le salon Rétromobile ferme ses portes ce dimanche. Parmi les moments forts, la vente aux enchères conduite par la Maison Bonham’s, dont le catalogue a réservé quelques belles surprises. Dont la présence d’une Bugatti immergée dans un lac depuis 73 ans, et d’une Citroën SM aussi présidentielle que les deux autres exemplaires détenus par l’Elysée.

La première (celle sur laquelle Bonham’s a très largement communiqué), c’est donc cette épave de Bugatti Brescia type 22, de 1925, vendue 260.000 €. Une voiture à l’histoire hors du commun : immatriculée à Nancy, ayant changé plusieurs fois de propriétaire, elle s’est retrouvée circulant en Suisse, toujours avec des plaques françaises.

Détail pas vraiment au goût des douaniers suisses, entreprenant en 1936 de réclamer au propriétaire du petit bijou la somme correspondant aux taxes douanières, apparemment plus élevées que la valeur de la voiture. Si les taxes n’étaient pas acquittées, la destruction pure et simple de la voiture guettait.

Le propriétaire aurait alors tenté de soustraire la Bugatti aux convoitises en la remorquant, mais une rupture de chaîne aurait envoyé la belle au fond du la Majeur, à 53 mètres de fond.

La Bugatti y est restée, connue du club de plongée d’Ascona… qui a décidé de la remonter à la surface en juillet 2009, et de la vendre au profit d’une association d’aide à la famille d’un plongeur agressé.

Soixante-treize ans au fond de l’eau… La Bugatti Brescia a été élevée au rang d’épave de luxe, l’aura de la marque multiplinat encore l’effet de fascination pour cette oeuvre agonisant, immergée. La Bugatti a finalement trouvé preneur pour la somme de 260.000 €.

Autre histoire étonnante, celle du troisième exemplaire de Citroën SM Présidentielle, dans le catalogue de Bonham’s. Eh oui, il existe officiellement non pas deux, mais trois SM de ce type.

Les deux premiers avaient été commandés par le président Georges Pompidou en 1971, histoire de renouveler le parc de voitures d’apparat qui, comme le veut le protocole, doivent exister par paire, pour l’accueil d’hôtes de marque.

Les SM commandées à Citroën et au carrossier Henri Chapron devaient d’ailleurs être prêtes pour la visite de la Reine d’Angleterre, en 1972. Chapron et Citroën étudient alors un engin sur la base du coupé existant, mais doté d’un empattement allongé de 52 centimètres, et de deux portes à l’arrière. La SM voit alors sa longuer portée à 5.60 m.

Les deux SM sont finalement livrées en temps et en heure en 1972, immatriculées sous leurs célèbres numéros : 2 PR 75 et 3 PR 75. Mais que vient alors faire dans l’histoire le troisième exemplaire ?

Il est né de l’amour d’un collectionneur pour ces deux voitures (désormais inutilisées, mais toujours conservées dans le parc de la présidence de la République), conjugué à son admiration pour l’oeuvre d’Henri Chapron. Son idée folle ? Faire construire une SM Présidentielle identique aux deux premières.

Pas une réplique, mais un modèle en tous points identique. La tache est confiée à Vincent Crescia, connu des Citroënistes pour être l’un des plus grands spécialistes Chapron, qui réunit dans son garage du Lac, à Neuchâtel, en Suisse, un petit musée… et surtout une activité de restauration d’autos anciennes.

L’aventure est lancée en 2006 avec l’accord des ayants-droit d’Henri Chapron et de Citroën. La SM Coupé devant servir de base à la construction est trouvée en Normandie, puis acheminée à Neuchâtel. Vincent Crescia se lance, après avoir récupéré d’un collectionneur les gabarits d’après lesquels ont été fabriquées les deux premières SM Présidentielles. Trois ans de travail sont nécessaires. Le travail de sellerie est confié à une entreprise lyonnaise.

Ultime reconnaissance du travail effectué, la voiture est frappée d’un numéro de série (le 7659) qui suit la nomenclature du carrossier Chapron, avec l’accord des ayants-droit de l' »artiste » de Levallois. La SM construite est donc officiellement le troisième modèle d’une série interrompue en 1972. La limousine est même ornée d’une non moins officielle cocarde offerte par le général d’armée qui gère le parc automobile de l’Elysée.

D’après les estimations, l’ensemble du projet a coûté la bagatelle de 480.000 €. Complètement déraisonnable, mais tellement dingue…
La SM présidentielle en question a changé de propriétaire à l’occasion de la vente Bonham’s, à Rétromobile. Montant de la transaction : 155.250 euros.

PHOTOS BONHAM’S

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