Clio IV en Turquie : mascarade au sommet de l’Etat

PAR BENOÎT FAUCONNIER

Après la polémique suscitée par l’éventualité que la Clio IV (commercialisée en 2013) soit produite en Turquie, Patrick Pelata, directeur général de Renault, était « convoqué » cet après-midi à Bercy par Christian Estrosi, ministre chargé de l’Industrie, devant une nuée de caméras et de micros. L’image vaut son pesant de points de soudure.

Alors que Renault dit n’avoir pris aucune décision quant aux futurs lieux de production de la Clio IV, commercialisée en 2013, Estrosi anticipe et fait déjà les gros yeux, soutenu qu’il sera par le président de la République, qui se chargera de son côté de faire les gros yeux à son tour à Carlos Ghosn, le PDG de Renault.

Il est de bon ton, à quelques mois d’une échéance électorale, de faire vibrer la corde sensible qu’est le patriotisme, de surcroît mêlé à la menace de perte d’emplois. Quand le débat sur l’identité nationale semble se décliner sur le mode industriel, ça donne une mascarade jusqu’au sommet de l’Etat. Quel saint homme, ce ministre qui défend l’emploi industriel en France ! En 2007, rappelons-le, pas un ministre n’a haussé le ton quand Renault a envoyé toutes les Twingo II se faire assembler en Slovénie, alors que la première génération était fabriquée en grande partie à Flins.

Bercy estime à juste titre que si l’Etat avait aidé les constructeurs français en 2009, ce n’était pas pour vider les usines de l’Hexagone. Sauf que vider Flins, Renault semble ne pas en avoir l’intention. Patrick Pelata s’est montré rassurant à ce sujet : « Dans tous les cas, il y aura des Clio produites à Flins, quel que soit ce qui arrive, ça, c’est très clair (…) Les différents scénarios que nous étudions, c’est comment avoir les Clio III et sa remplaçante entre la Turquie l’usine de Flins, sachant que la totalité à produire dépasser sans doute ce qui peut être produit en Turquie aujourd’hui. »

Il ajoute : « Tant que la Zoe (la compacte électrique qui sera produite à Flins à compter de septembre 2011, pour une commercialisatoin en 2012) ne sature pas l’usine de Flins, ce qui serait assez fantastique pour le véhicule électrique de Renault, il y aura des Clio à Flins, ça c’est clair dans tous les scénarios« , rapporte le quotidien La Voix du Nord.

Autrement dit, la production de la Clio sera bien articulée entre la Turquie et la France. Les volumes seront ajustés, en fonction des capacités de l’usine turque de Bursa, et de la place que prendra la production de la Zoe, en fonction des chiffres de vente, que l’on imagine assez éloignés, dans un premier temps, des chiffres de production des Clio II et III (environ 140.000 exemplaires produits à Flins en 2009).

Toutes proportions gardées, Estrosi n’a pas fait preuve d’autant de zèle quand le président Sarkozy est allé vendre le Rafale, de l’avionneur Dassault, à son homologue brésilien. Pour décrocher le contrat de la vente de trente-six chasseurs, la France est non seulement prête à brader son appareil (un rabais de 40 % minimum était envisagé), mais aussi à consentir un transfert de technologie. Eh oui, si le Rafale est vendu aux Brésiliens, une trentaine d’appareils seront construits… au Brésil. Une autre conception du patriotisme industriel. Mais c’est vrai que la Clio, en France, ça parle quand même plus à l’électorat qu’un avion de guerre…

Photos Studio Pons/Renault

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